Confessions de Delarue – «J'ai connu l'enfer à cause de la maladie»

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Confessions de Delarue«J'ai connu l'enfer à cause de la maladie»

L'autobiographie de Jean-Luc Delarue, «Carnets secrets», sort ce mercredi. De larges extraits sont déjà disponibles dans la presse.

Jean-Luc Delarue a écrit son autobiographie en toute hâte à la fin de sa vie.

Jean-Luc Delarue a écrit son autobiographie en toute hâte à la fin de sa vie.

AFP

Plusieurs médias français dont «Paris Match» et «Le Parisien» ont obtenu une copie de «Carnets secrets», la très attendue autobiographie de Jean-Luc Delarue qui paraîtra le 5 décembre 2012.

Anissa, la femme de l'animateur défunt explique en préface la façon dont ce livre s'est construit: «Certains de ces textes étaient construits et achevés. D’autres, parfois des extraits de son journal, étaient inaboutis. Parfois, il s’agissait de simples fragments couchés à la hâte sur une page de cahier».

Voici quelques extraits regroupés par thèmes, que ces deux publications françaises ont publié:

Son enfance:
«On m’a souvent présenté comme le gendre idéal. Beaucoup de mamans auraient souhaité me faire partager leur famille, m’avoir comme beau-fils, moi, alors que ma propre mère ne jugeait pas utile de m’inviter aux réunions de famille, parce que je n’étais pas le fils idéal; colérique, excessif mais doué pour dégainer la carte Bleue. J’ai conservé une lettre envoyée à ma mère que je voudrais que mon fils Jean lise un jour. Cette lettre me résume et éclaire l’homme imparfait que je suis. Elle exprime, je l’espère aussi, ma sincérité».

Sa mère:
«Au fond, il y a toujours eu un malentendu entre nous. Et ce malentendu a atteint son apogée en 2007. Par un échange de lettres, j’ai appris qu’elle avait oublié de m’inviter à une cérémonie pour les dix ans du décès de ma grand-mère, la femme que j’ai le plus aimée dans ma vie! Tout le monde était là pour lui rendre hommage, sauf moi. Pourquoi? A cause de mes colères, écrivait ma mère, qui effraient tout le monde».

En 2007, Delarue avait écrit une lettre à sa mère. On en retrouve un extrait dans les «Carnets secrets»: «Je me suis éloigné de toi, je suis parti avant mes 18 ans habiter chez mon père, pour me donner une chance de tracer ma propre route intellectuelle, pour ne pas étouffer sous ton emprise, sans limite, sans pudeur, intrusive et toxique pour un enfant qui cherche simplement sa liberté. Écrasant mes petites fiancées, t’amusant de mes fuites minables, m’étiquetant si longtemps, si longtemps… comme un pauvre garçon sans avenir, reproduisant sans doute les humiliations de ton père».

Son fils Jean:
«Je gère l’aspect matériel; il ne manquera de rien. Je le vois, mais pas assez souvent. Pas autant que la loi pourtant m’y autorise. Les pères et les mères ne sont pas véritablement égaux en matière de garde d’enfants. Je n’ai pas eu mon petit Jean le week-end dernier; sa maman m’a dit qu’il était malade. Quand je l’ai revu plus tard, je lui ai demandé s’il allait mieux. Il a fait des yeux étonnés; il m’a dit que la mer était belle à Saint-Tropez et qu’il s’y était bien amusé».

Sa famille:
«Depuis de longues années, je laisse entre les miens et moi une distance de sécurité. Ma famille me rend malade. D’ailleurs, quand je veux écrire le mot famille, ma main écrit faille».

Sa prétendue fille cachée:
«Je suis las de toutes ces groupies qui se sentent chez elles dans mon intimité. […] Il y en a une qui vient depuis quinze ans à toutes les émissions. […] Quand ma concierge m’a affirmé l’avoir vue de très nombreuses fois au bas de mon immeuble, j’ai demandé qu’elle soit refoulée de mes émissions. Quelle surprise, en juin, de recevoir une assignation en reconnaissance de paternité pour une enfant née treize années auparavant! Telle l’Immaculée Conception, elle aurait fait un enfant toute seule, habitée par l’esprit sain qui régnait sur les plateaux…»

La télévision:
«Je travaillais pour Canal+, j’étais animateur et producteur salarié de «La grande famille». J’avais 28 ans, j’étais dans le «mood» de la chaîne, une maison capitonnée, un vrai pays des Enfants gâtés. Bref, je ne touchais plus terre. Je m’imaginais que le reste du monde était habité par de pauvres types. En réalité, Canal+ était un creuset de prétention et de suffisance, du standard à la direction».

L’arrêt de «Réunion de famille»:
«Quelle est la vraie raison de l’arrêt de l’émission? Le manque d’audience? La vraie raison porte un nom. Elle s’appelle cancer en phase 4».

Son arrestation du 14 septembre 2010:
«Mon meilleur ami, à cette époque, avait été arrêté pour détention de drogue. Afin d’échapper aux poursuites, il a proposé aux policiers de leur vendre la tête de Jean-Luc Delarue. Le stratagème a fonctionné, puisqu’il n’a pas été mis en examen, alors que les vingt autres personnes et moi-même l’avons tous été, sans exception. Sauf lui, mon ami depuis de longues années… »

L’incident du vol Paris-Johannesburg en 2007:
Les prémisses de son coup d’éclat remonteraient au dîner d’anniversaire de sa mère, trois jours avant qu’il n’embarque dans ce fameux vol où il a notamment mordu un steward. «J’ai eu le sentiment de n’être là que pour régler l’addition. Ce dîner, émaillé des provocations de ma mère, m’a laissé un affreux souvenir. Le dîner de trop, sans doute. Et c’est peut-être ce qui fit déborder la coupe. D’où ma réaction imprévisible dans l’avion, cette façon que j’ai eue, littéralement, d’exploser en vol».

La drogue, la maladie et la mort:
«Un membre du personnel avait bel et bien vendu à la presse, pour quelques euros, l’information selon laquelle je souffrais d’un cancer. J’ai été doublement, voire triplement, puni de mes addictions. La cocaïne taisait et masquait mon cancer qui s’épanouissait tranquillement, à l’ombre des lignes blanches. Je venais à peine de faire la paix avec ce moi que j’avais mis tant de temps à assembler. Le puzzle presque réuni, tout explosait en morceaux, en miettes. J’ai trouvé que ce moment était bien injuste».

«C’est juste, j’ai connu l’enfer. Non pas à cause de mon arrestation, qui a probablement été ma planche de salut, mais à cause de la maladie psychologique, physiologique et physique dont je souffrais. J’étais devenu un mort-vivant. Après que ma consommation de drogue eut atteint un point culminant en 2007, je n’avais plus d’autre issue que la mort. Depuis dix-huit mois, je vomissais tout ce que j'avalais. J'avais le transit bloqué, je ne faisais plus de sport, je n'arrivais même plus à grimper un étage sans être essoufflé. Je sautais parfois trois nuits de suite. Je me réfugiais dans l'écriture frénétique du récit de ma vie. J'essayais de m'inventer une vie de pseudo-écrivain pour justifier la prise de substances. Mon corps était une infection généralisée».

«Je me répète cette phrase en boucle. On ne m'a pas dit votre pronostic vital, mais le pronostic vital. Il s'agit pourtant de ma vie, de ce qui reste de ma vie. En gros, c'est certainement la fin. Je dois certainement être quelque part dans ce lieu qui est l'antichambre de la mort. Je vais passer de l'autre côté. Je ne veux pas y croire».

Une publication contestée

L’ex-femme de Jean-Luc Delarue, Elisabeth Bost, s’oppose à la publication de ce livre. Son avocate estime que seul l’animateur est habilité à autoriser cette parution. «Si ce livre est publié, on ne restera pas les bras croisés», déclare-t-elle dans «Le Parisien». Réponse de Jean-Daniel Belfond, directeur des Éditions de l’Archipel: « Jean-Luc Delarue a écrit l’intégralité de ce livre et il voulait que ce soit publié. Nous avons des preuves incontestables de ces deux affirmations à opposer à nos détracteurs».

En plus d’Elisabeth Bost, le père du défunt, Jean-Claude Delarue, doute aussi de l’authenticité de l’ouvrage en disant sa «méfiance vis-à-vis des propos prêtés à Jean-Luc».

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