Jérome Kerviel – «J'ai fait ce que la banque m'a appris à faire»

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Jérome Kerviel«J'ai fait ce que la banque m'a appris à faire»

La Cour de cassation examine ce jeudi le pourvoi de l'ancien trader, qui se trouve sous la menace d'une incarcération mais continue de dénoncer le rôle joué par la Société Générale.

Jérôme Kerviel, en cassation, veut faire reconnaître le rôle de la Société Générale.

Jérôme Kerviel, en cassation, veut faire reconnaître le rôle de la Société Générale.

AFP

L'audience a commencé à 8h30 devant la chambre criminelle, mais Jérôme Kerviel est absent. Il est représenté par Me Patrice Spinosi, qui a lancé à quelques journalistes à son arrivée: «On va faire du droit». Un peu plus de six ans après la révélation des faits, l'ancien banquier emblématique des dérives de la finance continue de se battre et clame son innocence. Condamné en première instance puis en appel à la même peine, cinq ans d'emprisonnement dont trois ferme et 4,91 milliards d'euros de dommages et intérêts, il reconnaît une part de responsabilité mais réfute avoir agi en secret. «J'ai fait ce que la banque m'a appris à faire et je n'ai volé personne», martèle-t-il.

La banque savait ou aurait dû savoir ce qui se tramait dans cette salle de marchés d'une tour de La Défense et ne peut donc se prétendre victime, plaide Jérôme Kerviel. Des défauts de contrôle importants ont notamment été pointés par le régulateur des banques, la commission bancaire devenue l'Autorité de contrôle prudentiel (ACP), qui a condamné la Société Générale à 4 millions d'euros d'amende pour ces manquements. Mais dans son avis écrit, l'avocat général près la Cour de cassation, Yves Le Baut, rétorque qu'une «victime négligente n'est pas pour autant une victime consentante».

Aucun profit personnel

Selon le magistrat, «on ne peut tirer pour conséquence du défaut de vigilance» de la banque «son adhésion à la commission des agissements qui lui ont porté préjudice». Dans sa bataille, qu'il a cherché à porter sur le terrain politique, l'ancien trader de 37 ans s'est trouvé cette semaine une nouvelle alliée. Après le coprésident du Parti de Gauche, Jean-Luc Mélenchon, Jérôme Kerviel a reçu le soutien de la députée européenne EELV, Eva Joly. L'ancienne juge a donné deux entretiens pour défendre l'ancien opérateur de marché, critiquant l'instruction du dossier qui ne s'est basé, selon elle, que sur les éléments fournis par la banque, sans expertise indépendante. Cette expertise, Jérôme Kerviel la réclame, mais elle lui a toujours été refusée.

La défense de Jérôme Kerviel conteste également les dommages et intérêts attribués à la banque, ces 4,91 milliards d'euros dont il ne pourrait sans doute payer qu'une infime partie si la condamnation devenait définitive. Ce montant correspond à la perte constatée par l'établissement bancaire après s'être défait de toutes les positions accumulées par le jeune homme, qui avaient atteint 49 milliards d'euros environ, début janvier 2008. L'ancien trader rappelle notamment qu'il n'a tiré aucun profit personnel des opérations incriminées et accuse la banque d'avoir matérialisé cette perte en soldant son exposition sans discernement.

(L'essentiel/AFP)

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