Homayoun Sakhi – «J'ai mon Afghanistan entre les mains»
Publié

Homayoun Sakhi«J'ai mon Afghanistan entre les mains»

Homayoun Sakhi caresse son rubab, un instrument à cordes en bois incrusté de nacre qui fait résonner depuis l'étranger la musique considérée comme un péché par les talibans.

Né à Kaboul, Homayoun Sakhi a quitté l'Afghanistan avec sa famille en 1992, fuyant le chaos qui a suivi le retrait soviétique.

Né à Kaboul, Homayoun Sakhi a quitté l'Afghanistan avec sa famille en 1992, fuyant le chaos qui a suivi le retrait soviétique.

Facebook

À partir de 2001, sous le gouvernement soutenu par les Occidentaux, le secteur des médias avait fleuri dans le pays, et avec lui la production musicale. Au point qu'«Afghan Star», la version locale du concours de talents «Pop Idol», y était devenue l'une des émissions télévisées les plus suivies. Mais depuis le départ occidental et le retour au pouvoir des talibans l'été dernier, la musique afghane, traditionnelle ou pop, ne vit qu'à travers des passionnés exilés à l'étranger.

Parmi eux, Homayoun Sakhi, qui a donné une nouvelle jeunesse au rubab, un instrument de musique à cordes dont l'origine remonte à des milliers d'années. Né à Kaboul, Homayoun Sakhi a quitté l'Afghanistan avec sa famille en 1992, fuyant le chaos qui a suivi le retrait soviétique, pour s'installer au Pakistan. Il s'est ensuite installé à Fremont, en Californie, ville connue pour sa grande communauté afghane, et a créé une académie enseignant la pratique du rubab.

«À chaque fois que je joue, je suis chez moi, j'ai l'impression d'être en Afghanistan», dit-il. Samedi, il participait au concert baptisé «Songs of Hope» (Chansons d'espoir) au Barbican, organisé par Afghanistan International TV, une chaîne basée à Londres et créée par la société de médias Volant, qui gère également une chaîne en langue persane pour les Iraniens. Un documentaire sur ce concert sera diffusé en mars.

Lors de la première moitié, M. Sakhi a interprété des morceaux afghans classiques, suivis de musique folk. Il a joué aux côtés du virtuose britannique Shahbaz Hussain au tabla, un instrument à percussion, et le musicien iranien Adib Rostami au kamantcheh, un instrument à cordes. Ce concert, «c'est la seule chose que je pouvais faire en tant que musicien», explique Adib Rostami, organisateur de l'événement et journaliste pour Volant.

Pour lui, la situation actuelle des musiciens sous le régime des talibans est «un retour aux années 1990». «La plupart des musiciens essaient de quitter le pays», déplore-t-il. En décembre, un groupe d'élèves et d'enseignants d'une école nationale de musique à Kaboul a trouvé refuge au Portugal. Le premier orchestre entièrement féminin d'Afghanistan, Zohra, créé en 2016 et nommé d'après une déesse persane de la musique, a quant à lui déménagé au Qatar.

Si les talibans peuvent proscrire la musique en Afghanistan, «ils ne peuvent pas l'interdire aux gens du monde entier», souligne Adib Rostami. «Nous devons essayer, en tant que musiciens, en tant que mélomanes, de trouver un moyen de conserver cet héritage culturel pour l'avenir».

(L'essentiel/AFP)

Ton opinion