Crise en France – «J'ai plus la force de suivre les cours»
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Crise en France«J'ai plus la force de suivre les cours»

La détresse des étudiants «seuls derrière leur ordi» devient un véritable problème en France. La dépression guette, ainsi que les problèmes financiers.

Archives/Image d’illustration.

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Hans Lucas via AFP

«Le matin, j’allume l’ordinateur, mais je suis incapable de suivre les cours. J’ai plus la force», soupire Sarah, en école d’ingénieurs à Lille, dans le nord de la France, privée de cours en raison de la pandémie. Après des mois de cours à distance, beaucoup d’étudiants se sentent, comme elle, «flancher», usés par la solitude et l’absence de perspectives. «Huit heures seul derrière un ordi, c’est interminable. L’attention se perd, on se sent complètement perdu», lâche Sarah, 19 ans, la voix lasse après plus de trois mois «sans mettre un pied en cours».

Depuis la fermeture physique de son école en octobre, en raison de la recrudescence de l’épidémie de Covid-19, sa motivation s’éteint: «Au départ, je m’accrochais, je me disais «ça durera pas». Mais en décembre, c’est devenu trop difficile, j’ai vraiment décroché.» En 1re année et «enfermée dans un 30 mètres carrés» avec son petit ami, la Lilloise souffre de l’isolement. «C’est le plus difficile, le manque de lien social avec les autres, les profs. Je ne m’habille même plus, je reste dans mon lit», souffle-t-elle.

«Hécatombe»

Les mathématiques, la conception assistée par ordinateur, «ce n’est pas du tout adapté au distanciel!» Quant aux examens, outre quelques devoirs surveillés, la plupart se déroulent «en contrôle continu» avec «énormément de devoirs à rendre, c’est superstressant», déplore cette étudiante, qui souffre désormais d’insomnies. «J’ai tenté de rattraper mon retard pendant les vacances (...) Mais aujourd’hui je comprends que c’est loin d’être terminé», s’étrangle-t-elle, «découragée et en colère». Pour d’autres jeunes comme Léa, en 2e année d’histoire à Angers, dans le centre-ouest du pays, cet «épuisement moral et physique» dure depuis mars, assorti de difficultés financières.

«J’avais un job de serveuse, pour ne pas être un poids pour ma famille. Au 1er confinement, tout s’est arrêté», regrette Léa. Boursière, elle a récemment bénéficié d’une aide de 150 euros, toutefois insuffisante. Pour payer son loyer et «privilégier l’achat de livres scolaires», elle avoue ne manger parfois «qu’une seule fois par jour». Après avoir «bien tenu plusieurs mois», la jeune femme s’est finalement vu «diagnostiquer une dépression» avant de «presque tout lâcher» au cours de l’hiver. «Ca a été l’hécatombe (...) la moitié des 220 étudiants de ma promo ont abandonné», assure-t-elle.

«On manque de perspectives, il y a l’angoisse de ne pas trouver de stages, de débouchés» avec cette crise, explique l’étudiante. Un temps intéressée par une carrière de professeure, elle envisage désormais «une L3 pro, en apprentissage», pour «retrouver le contact humain». Parmi la centaine d’élèves de sa promotion d’école de commerce lilloise, Damien (prénom modifié) a lui fait circuler un «sondage», pour alerter la direction: «50% des élèves se plaignaient de douleurs physiques quotidiennes, un quart manquaient plus de la moitié des cours chaque semaine».

(L'essentiel/afp)

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