France – «Je crie à l'aide, me demande si ce sont de vrais policiers»

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France«Je crie à l'aide, me demande si ce sont de vrais policiers»

Des images de vidéosurveillance enregistrées samedi, montrent des représentants des forces de l’ordre passer à tabac un producteur de musique. L’IGPN a été saisie.

Une vidéo montrant des policiers tabasser un producteur de musique noir, samedi à Paris, tourne en boucle sur les réseaux sociaux. Le parquet a ouvert une enquête pour «violences» et «faux en écriture publique», et le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a demandé, jeudi, la «suspension» de plusieurs agents.

Cette affaire intervient dans un contexte tendu en France autour de la question des violences policières. Mardi, le Parlement a en effet adopté une loi contenant un article controversé, susceptible de fortement restreindre la diffusion d’images de policiers en action.

Une pluie de coups

Sur la vidéo dévoilée par Loopsider, un homme appelé «Michel», qui ne porte pas le masque obligatoire en public, subit de nombreux coups de la part de policiers alors qu’il se trouve à l’entrée d’un studio de musique. «Je crie à l’aide. Je me demande même si ce sont de vrais policiers», témoigne-t-il. Selon Loopsider, la victime a reçu une vingtaine de coups de poing, une dizaine de coups de pied, et une quinzaine de coups de matraque. Sous l’œil d’une caméra de surveillance, les policiers ont tenté d’étrangler Michel, qui affirme avoir été traité à plusieurs reprises de «sale nègre».

Après cette interpellation violente, l’homme a dans un premier temps été placé en garde à vue, dans le cadre d’une enquête pour «violences sur personne dépositaire de l’autorité publique» et «rébellion». Mais le parquet a classé cette enquête, et ouvert mardi, une nouvelle procédure pour «violences par personnes dépositaires de l’autorité publique» et «faux en écriture publique», confiée à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN).

«Je demande au préfet de police de suspendre à titre conservatoire les policiers concernés. Je souhaite que la procédure disciplinaire puisse être conduite dans les plus brefs délais», a indiqué jeudi, sur Twitter, Gérald Darmanin.

«Mon client a fait 48 heures de garde à vue de manière injustifiée sur des propos mensongers des services de police qui l’ont outrageusement violenté», a dénoncé l’avocate du producteur, Me Hafida El Ali.

Un article 24 qui inquiète

Mardi, le parquet de Paris avait déjà ouvert deux enquêtes relatives à des faits de «violences», l’une sur un migrant et l’autre sur un journaliste, dont sont soupçonnés des policiers lors de l’évacuation brutale d’un campement de migrants, dans la capitale, lundi soir. À chaque fois, ces violences ont été filmées.

Les représentants des médias et les organisations de défense des droits s’inquiètent des effets sur la liberté d’informer de l’article 24. Il pénalise d’un an de prison et 45 000 euros d’amende la diffusion de «l’image du visage ou tout autre élément d’identification» de membres des forces de l’ordre en intervention, quand elle porte «atteinte» à leur «intégrité physique ou psychique».

(L'essentiel/afp)

Le procureur demande à l'IGPN d'enquêter vite

Le procureur de Paris Rémy Heitz a déclaré jeudi à l'AFP qu'il demandait à la «police des polices» d'enquêter «le plus rapidement possible». «C'est une affaire extrêmement importante à mes yeux et que je suis personnellement depuis samedi», a déclaré le procureur de la République. «J'ai demandé à l'IGPN de tout mettre en œuvre pour que la lumière soit faite le plus rapidement possible».

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