Vicky Krieps: «Je me suis sentie comme Sissi, observée, sollicitée. J’ai cru perdre la boule»

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Vicky Krieps«Je me suis sentie comme Sissi, observée, sollicitée. J’ai cru perdre la boule»

Vicky Krieps crève l'écran dans «Corsage» où elle interprète Sissi et en dévoile la facette méconnue. Rencontre avec l'étoile du cinéma luxembourgeois.

par
Cedric Botzung
L'actrice a convaincu Marie Kreutzer de faire un film sur Sissi.

L'actrice a convaincu Marie Kreutzer de faire un film sur Sissi.

Vincent Lescaut

L’essentiel: Comment avez-vous accueilli ce prix de la meilleure performance à Cannes?

Vicky Krieps: Pour moi, il ne faut pas donner trop d’importance aux prix, car c’est difficile de juger le jeu d’un acteur. Tout dépend du film et du contexte. C’est toujours à prendre avec des pincettes. En dehors du fait que je me suis sentie honorée, c’est un peu comme une carte postale que l’on reçoit de chez soi ou d’ailleurs.

Ce rôle vous tenait particulièrement à cœur, vous avez d’ailleurs proposé le thème à la réalisatrice, Marie Kreutzer.

Oui, j’ai lu la biographie d’Elisabeth d’Autriche quand j’avais 15 ans. Et je me rends compte maintenant que j’avais compris quelque chose, je sentais une tristesse derrière la façade, que je connaissais. En tant que fille, je ressentais la même chose, ce problème de devoir être dans un moule, d'être jolie, un peu marrante mais pas trop, intelligente mais pas trop, amie mais pas trop. Cette formation pour devenir celle qui est choisie vient de cette époque.

En 2015, j’ai proposé à Marie Kreutzer de faire un film sur Sissi. Elle ne voyait pas cela comme ça, elle disait que c’était du kitsch et qu’elle était superficielle. Trois ans plus tard, elle m’envoie finalement un scénario avec une carte disant: «Je me suis trompée, tu as raison c’est très intéressant. Voici le scénario, si tu veux jouer le rôle».

AFP

Je venais de finir la promotion de «Phantom Thread» où, à mon petit niveau, je me suis sentie comme Sissi, observée, sollicitée. J’ai cru perdre la boule. C’est de cela dont je voulais parler. Avec Instagram, nous sommes devenus nos propres spectateurs et stalkers.

Le corset est plus qu’une métaphore. Vous permettait-il d’entrer totalement dans le rôle?

C’est difficile de répondre. Les gens disent cela, et ce n’est pas faux. On se tient plus droit. Il faut lutter contre le corset comme le personnage, je voulais souffrir comme elle. Mais en tant qu'actrice, je le porte 10 ou 12 heures debout, c’est de la torture. Je ne le referai plus jamais et j’ai du mal à dire que cela m’a aidée. Mais ma lutte contre ce corset représente bien la sienne.

Le rôle est très physique.

C’était justement ça le problème, de le porter à cheval, en faisant de l’escrime, en nageant, etc.

La place accordée aux femmes et en particulier celle d’Elisabeth d’Autriche dans le film, résonne comme jamais aujourd’hui.

Cela m’a surprise car j’ai senti à 15 ans ce qu’elle a senti à l’époque et qui aujourd’hui est tellement visible. Et peut-être même plus perfide, car d’un côté on s’est libéré de beaucoup de choses et de l’autre, on n’a pas encore étudié ce que cela fait d’être confronté à son image comme on l’est aujourd’hui. Le film parle de cette mélancolie car elle se sent vide à force d’être trop face à sa propre image.

Le scénario de «Corsage» est-il fidèle à l’histoire ou s’accorde-t-il des digressions de fiction?

Il y a beaucoup de choses fidèles à l’époque, comme le décor, les maisons, etc... On ne voulait pas faire un exercice de style mais parler de son paysage intérieur et de ses sentiments, et à quel point on va les rendre compréhensibles aujourd’hui. Et aussi le déclin de la monarchie et l’arrivée de la modernité. Ceci s’est fait avec des éléments qui ne sont pas historiques. Pour ce qui est de l’héroïne, c’était assez courant, il semblerait que les Habsbourg étaient toxicomanes, depuis longtemps.

Après «Phantom Thread», vous n’aviez pas très bien vécu la pression médiatique. Vous y êtes-vous habituée depuis?

Oui, j’ai accepté que cela fasse partie de mon travail. Essayer de lutter contre ça, c’est se battre contre des moulins. Ce qui compte, c’est ce que je fais dans mon travail. Les interviews sont une autre partie de mon travail.

Vous êtes rare au Luxembourg, quel rapport entretenez-vous avec le pays?

Je vis toujours à Berlin et je voyage beaucoup. Je ne suis pas beaucoup ici mais j’essaye d’y être autant que je peux. J’aime rentrer au Luxembourg, pour couper. Ici, j’aime la nature, le Luxembourg est tellement simple, je n’ai pas besoin de jouer un rôle.

On vous a vue ces dernières années chez plusieurs grands réalisateurs. Y a-t-il une ou un cinéaste avec qui vous aimeriez travailler?

Je ne cherche pas les rôles pour l’instant, mais peut-être que Jim Jarmusch, un de mes héros de jeunesse.

Vous imaginez-vous passer derrière la caméra?

Oui, je crois que cela va m’arriver. Avant d’être actrice, j’ai mis en scène des pièces de théâtre.

Quels sont vos prochains projets?

Je viens de finir «Bachmann & Frisch» d’Ingeborg Bachmann, qui va sortir, «Plus que jamais» d’Emily Atef, qui sort en novembre et «The Wall» de Philippe Van Leeuw, un film très spécial. Là, j’ai une phase où je laisse mûrir les projets.

Vincent Lescaut/L'essentiel

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