Gianluigi Buffon – «Je ne garde pas un beau souvenir de la finale 2006»
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Gianluigi Buffon«Je ne garde pas un beau souvenir de la finale 2006»

Le gardien italien est revenu pour «L’Équipe» sur les grandes dates de sa carrière. Il distille quelques confessions savoureuses.

Gianluigi Buffon embrasse la Coupe du monde en 2006.

Gianluigi Buffon embrasse la Coupe du monde en 2006.

KEYSTONE

À bientôt 43 ans - il les fêtera le 28 janvier - Gianluigi Buffon est toujours footballeur professionnel. Le gardien italien constitue un trait d’union unique entre les générations. À ses débuts chez les professionnels, en 1995, Maradona, Baggio, Cantona, Hagi ou Gullit couraient encore. Lorsqu’il raccrochera les crampons, il pourra se targuer d’avoir assisté de près à l’émergence de Kylian Mbappé et d’avoir croisé notamment Zidane, les deux Ronaldo, Messi, Ronaldinho et Neymar.

Dans un entretien accordé à L’Équipe, Buffon a accepté de commenter les grands moments de sa riche carrière. Et notamment son sacre à la Coupe du monde 2006 avec l’Italie. Bien qu’il s’agisse de son plus grand trophée, il confie ne pas avoir baigné dans l’euphorie, après la finale remportée face à la France aux tirs au but.

«Tu te sens incroyablement chanceux»

«Pour être honnête, je ne garde pas un très beau souvenir de ce soir-là, des émotions de l’après-match, affirme-t-il. Parce qu’un événement pareil, d’une telle ampleur, d’une importance pareille, c’est quelque chose qui te dévaste intérieurement. Cela te prend jusqu’à la dernière goutte d’énergie, d’enthousiasme, de légèreté. La pression te mange. Donc je n’ai pas de beau souvenir de l’après-match, de la fête. J’étais épuisé, je voulais juste dormir».

Ce n’est qu’à tête reposée que le sentiment de plénitude a pris le dessus: «Avec le temps, cela devient un souvenir d’une valeur inestimable, parce que tu te sens incroyablement chanceux. Pourquoi cela m’arrive justement à moi? Que c’est beau! Je ne pensais pas mériter tant».

ManU, une cicatrice toujours ouverte

Le portier mythique de la Juventus aux 176 sélections est aussi revenu sur son unique saison hors de l’Italie, au PSG (2018/2019), marquée par l’élimination rocambolesque en 8es de finale de la Ligue des champions face à Manchester United (2-0, 1-3). Vainqueurs à Old Trafford à l’aller, les Parisiens s’étaient délités au retour face à des Mancuniens amoindris.

Près de deux ans plus tard, la cicatrice ne s’est pas refermée. «Ce match, j’y repense au moins trois ou quatre fois par semaine, déplore-t-il. Cela réveille tellement de regrets. (…) Je m’impute une erreur incroyable, une erreur que, avec l’expérience que j’avais, je n’aurais pas dû faire: la sérénité, la superficialité presque, d’affronter le match retour comme si c’était une formalité. (…) Mentalement, ce soir-là, dans l’approche du match, dans la concentration, je n’ai pas été le Gigi habituel. Je n’ai pas eu la force ou l’énergie de percevoir qu’on préparait ce match de manière trop légère. Et peut-être pour ne pas faire le vieux lourd qui soûle tout le monde, je n’ai pas dit: "Oh les gars on n’y est pas, on n’a pas la bonne mentalité". Moi aussi, je me suis laissé prendre. (…) Chaque jour je repense à cette intervention que je n’ai pas faite».

Par ces mots, Buffon soulève en creux l’exigence défaillante du PSG à l’approche des grands rendez-vous, maintes fois suspectée. «À la Juventus, cela ne serait pas arrivé, c’est vrai», confirme l’intéressé.

Qui, toutefois, ne tire pas à boulets rouges sur le club français: «Cette approche différente des événements a des avantages et des inconvénients. À la Juve de ce point de vue, tu ne rates pas une seule virgule et le match, tu ne le perds pas par superficialité. Tu le perds parce que l’autre a été meilleur. Mais le fait de devoir toujours être concentré à bloc te conduit à une énorme dépense d’énergie. À Paris, tu as une autre approche qui peut être négative sur certains aspects mais qui, à mon avis, est positive pour d’autres. Parce que cette légèreté avec laquelle tu abordes les matches te donne beaucoup plus d’énergie pendant 90 minutes, moins de stress».

Revenu à la Juventus quelques mois après cet épisode malheureux, Gianluigi Buffon se contente depuis d’un statut de doublure. En fin de contrat en juin prochain, il ne s’interdit pas de prolonger l’aventure: «Je me sens encore fort, pas fort par mon histoire, non, par mon niveau actuel. Et je pense encore au futur, en sachant très sereinement que je pourrais arrêter en juin, je ne sais pas ce qui se passera. Ensuite, en juin, on verra si j’arrête, si je continue un, deux ou trois ans. Cela dépendra de mon état physique et de ma motivation».

(L'essentiel)

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