Attentat de Nice – «Je vais t'égorger, toi et les tiens»

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Attentat de Nice«Je vais t'égorger, toi et les tiens»

Avant de passer à l'acte le 14 juillet 2016 à Nice, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel avait été impliqué dans cinq affaires. Mais rien n'a été fait pour que l'individu se fasse soigner.

Avant de foncer sur la foule à bord d'un camion le long de la promenade des Anglais le 14 juillet 2016, Mohamed Lahouaiej-Bouhlel avait été impliqué dans cinq affaires. Entre violences conjugales, menaces de morts et agressions, l'individu traînait derrière lui un passé tourmenté. Dès 2010, la police et la justice niçoises étaient au courant que le jeune homme souffrait de troubles psychologiques. Mais rien n'a jamais été fait pour que Lahouaiej-Bouhlel puisse être suivi médicalement.

Un an et demi après les faits, LCI a pu se procurer le dossier judiciaire de l'homme qui a tué 86 personnes. Il révèle de terribles manquements. Pendant plusieurs années, Lahouaiej-Bouhlel a été vu par des médecins, des juges, des avocats, des policiers, mais aucun n'a imaginé qu'il serait capable d'un telle folie meurtrière. Malgré plusieurs alertes, personne n'a jugé nécessaire de faire intervenir un psychiatre.

Il agresse un moniteur de sport

Retour en décembre 2010. Un moniteur de sport, fonctionnaire de la Ville de Nice, porte plainte contre Lahouaiej-Bouhlel pour «menaces de mort». Viré de la salle de sports pour son comportement agressif, l'individu s'en prend directement à celui qu'il tient pour responsable de son éviction: «Je vais t'égorger, toi et les tiens, je vais vous tuer», lui lance-t-il. Inquiet pour sa sécurité et celle de sa famille, le moniteur décrit Lahouaiej-Bouhlel comme un «homme dangereux». En février 2011, il écrit au procureur de la République: «J'ai déjà signalé (…) le déséquilibre mental certain dont fait preuve cet individu.» Celui-ci écopera finalement d'un simple rappel à la loi.

Moins de trois mois plus tard, la police intervient au domicile de l'individu pour un cas de violence conjugale. La femme du jeune homme assure alors que son mari vient de la frapper de plusieurs coups de poing. Malgré des témoignages concordants, Lahouaiej-Bouhlel nie les faits. Résultat: une simple médiation pénale et le suspect promet de ne plus maltraiter son épouse. Pendant les trois années qui suivent, l'homme continue cependant de frapper quotidiennement sa femme et ses enfants, sans qu'aucun service social n'intervienne.

«Je l'entendais rire derrière la porte»

En août 2014, l'épouse battue finit par porter plainte. Au commissariat, elle raconte que son mari, ivre et mort de rire, lui a uriné sur les jambes avant de déféquer sur le sol de la chambre. «Je l'entendais rire derrière la porte. (...) Il s'adresse à nous en ces termes: "Quand je reviens, si je vous trouve ici, je vous tue toi et tes filles"», témoigne Hajer. Elle raconte encore que son mari appelle ses enfants «mes merdes» et qu'il a éventré une de leurs peluches avec un couteau.

«Il me fait très peur et mes enfants et moi ne sommes pas en sécurité auprès de lui», panique-t-elle. À aucun moment, Lahouaiej-Bouhlel n'est pris en charge psychologiquement, malgré les appels au secours de son épouse. Après plusieurs longs mois de chassés-croisés avec la police qui lui demande de venir s'expliquer, l'homme finit par se présenter au commissariat. Nous sommes le 17 juin 2016, un mois avant l'attaque. Lahouaiej-Bouhlel nie les faits de violence conjugale et ressort libre.

«J'ai porté un coup sans le vouloir»

En janvier 2016, l'individu frappe un automobiliste avec une planche de palette au bout de laquelle deux clous dépassent. Motif: la victime lui avait simplement demandé de bien vouloir décharger sa cargaison un peu plus loin car son camion bloquait la route. «En fait, je vais vous dire la vérité: j'ai porté un coup sans le vouloir. Je voulais lui faire peur», déclare Lahouaiej-Bouhlel devant le procureur de la République. L'homme écope de 6 mois de prison avec sursis, alors même que la justice est au courant qu'une procédure est ouverte contre lui pour violences conjugales.

Un an et demi après l'attentat de Nice, nul ne peut dire si une prise en charge psychiatrique aurait pu éviter un tel drame. Reste une certitude: Lahouaiej-Bouhlel souffrait depuis plusieurs années de troubles de la personnalité et aurait dû être orienté vers des spécialistes. Selon LCI, les enquêteurs de la Sous-direction antiterroriste (Sdat) sont certains que l'homme fait partie de ces terroristes «hybrides», qui relèvent en partie de la psychiatrie et qui passent à l'acte sous l'emprise de ce que les médecins appellent une «explosivité émotionnelle».

(L'essentiel/joc)

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