Ecologie en France – Jimmy se voit comme «l'éboueur des montagnes»

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Écologie en FranceJimmy se voit comme «l'éboueur des montagnes»

En plein confinement, Jimmy Vial, 52 ans, sans emploi, a décidé de débarrasser «à dos d'homme» les déchets abandonnés en haute montagne.

Jimmy Vial s'est mis en tête de débarrasser un ULM qui s'est crashé en 2000.

Jimmy Vial s'est mis en tête de débarrasser un ULM qui s'est crashé en 2000.

AFP/Raymond Roig

«Le déclic c'est vraiment le confinement, la pandémie. Je me demandais comment moi aussi je pouvais être utile», dit ce géant de 1,96 m, un amateur d'ultra-trail qui s'entraine sur les crêtes qui matérialisent la frontière entre la France, l'Espagne et l'Andorre. «Les bergers, les randonneurs me disaient "là, il y a des bidons dans la rivière, ici un parc à brebis abandonné"», raconte le pyrénéen d'adoption, qui a quitté il y a 21 ans son Jura natal pour s'établir dans la commune de Porta, au pied du col qui mène à la petite principauté voisine.

Il y a quatre ans, cet ancien moniteur de sport, a décidé d'abandonner son emploi de cadre dans un centre d'entraînement en altitude andorran pour adopter un style de vie plus frugal et respectueux de la nature. «C'est en entendant parler "des travailleurs de deuxième ligne", des éboueurs ou des femmes de ménage qui étaient au boulot pendant le confinement que j’ai eu l'idée de faire un peu la même chose». Pour concrétiser ce projet, il crée en janvier l'association «Rêves Ô Sommets».

«Comme on ne les voit pas, on les oublie»

En ce début de mois de juin, le robuste ultra-runner veut descendre «un ULM (en fait un planeur motorisé, Ndlr) qui s'est crashé en septembre 2000» dans la vallée du Campcardos à 2 700 m. «Ces rebuts sont en dehors des sentiers de randonnée, et comme on ne les voit pas, on les oublie...». Adepte d'une «écologie résiliente», il a déjà nettoyé en six mois pas moins de sept sites qu'il tient à remettre dans leur état d’origine.

Jimmy Vial a ainsi descendu sur ses épaules deux tonnes de ferraille et de matériaux divers «d'origine industrielle ou agricole». «Le grillage d'un parc à brebis abandonné peut devenir un véritable piège pour les animaux sauvages», souligne-t-il. Pour aller chercher le planeur en morceaux, l'éboueur des cimes doit parcourir quelque 8 kilomètres avec «1 200 m de dénivelé».

«On trouve jusqu'à 33% de pente»

Ce dernier paramètre change tout à l'opération. Après quatre kilomètres et demi d'un sentier qui serpente le long de la rivière Campcardos, il faut obliquer et prendre la ligne de plus grandes pentes. «On trouve jusqu'à 33% de pente», dit l'ultra-runner, bandeau autour du front, équipé de ses lunettes aux verres glaces et d'une clé de portage, une sorte de sac à dos en tubes d'aluminium: «le même matériel que les sherpas. On peut porter cinquante kilos».

Au terme de quatre heures de marche, les jambes sont dures, la végétation se fait de plus en plus rare. Quelques névés résistent encore sur ce versant sud. Derrière un amas de rochers, un bout d'aile apparaît. La voilure de 17 mètres d'envergure et une partie de la carlingue sont calées par un gros bloc. Difficile de croire, comme l'indique le rapport du Bureau enquête accident (BEA), que le pilote n'est sorti que blessé de ce spectaculaire crash.

«J'ai trouvé des morceaux sur plusieurs centaines de mètres», explique le géant s'excusant presque de ne pouvoir descendre qu'une cinquantaine de kilos à la fois. Il prévoit d'achever le chantier d'ici «trois ou quatre mois».

«La descente, c'est parfois très dur, avec le vent et de gros morceaux dans le dos. Je suis déjà tombé... j'en avais les larmes aux yeux», avoue le montagnard. Il s'attaque à une aile avec une petite scie à métaux et comprend qu'il ne pourra arriver à bout de la tringlerie métallique des gouvernes. «Il me faudrait une disqueuse pro mais c'est un budget», explique le quinquagénaire qui est actuellement au RSA.

(L'essentiel/AFP)

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