Tensions en Ukraine – Kiev sous pression pour négocier la paix dans l'Est
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Tensions en UkraineKiev sous pression pour négocier la paix dans l'Est

Le président ukrainien possède une faible marge de manœuvre pour discuter avec les chefs rebelles, après un accord surprise sur un cessez-le-feu, sur fond d'échanges diplomatiques avec la Russie.

Depuis avril, de violents combats entre les insurgés et l'armée ont fait près de 400 morts et menacent l'unité de l'ancienne république soviétique, après le rattachement de la Crimée à la Russie en mars. Le chef de la république autoproclamée séparatiste de Donetsk, l'un des bastions des insurgés pro-russes, a fait volte-face lundi en annonçant son accord pour un cessez-le-feu jusqu'à vendredi matin et pour l'ouverture de négociations de paix avec les autorités pro-européennes de Kiev. «Nous espérons que durant cette période au cours de laquelle les deux parties vont observer un cessez-le-feu, nous pourrons débuter des consultations sur la tenue de négociations pour une solution pacifique au conflit», a déclaré lundi Olexsandr Borodaï, l'un des leaders de la rébellion séparatiste.

Le président Porochenko avait ordonné vendredi à ses troupes un cessez-le-feu d'une semaine jusqu'au 27 juin pour permettre aux rebelles de désarmer. Mais les insurgés, qui ont revendiqué leur indépendance dans deux régions russophones industrielles de sept millions d'habitants, avaient rejeté ces conditions en estimant qu'il ne s'agissait que d'un «stratagème». Leur annonce surprise met sous pression Petro Porochenko, car il avait jusqu'à présent indiqué qu'il ne discuterait pas avec ceux ayant «du sang sur les mains» et que son plan de paix prévoyait un dialogue avec les rebelles n'ayant commis «ni meurtre ni torture». Il n'a jamais nommé directement ceux qu'il ne voulait pas voir à la table des négociations mais ces commentaires ont été interprétés par Moscou comme une référence aux principaux chefs rebelles pro-russes.

Moscou accusé d'armer les rebelles en sous-main

Aucun autre chef rebelle n'a fait part de son ralliement à Olexsandr Borodaï et l'armée ukrainienne a rapporté de nouveaux incidents dans la nuit. Le porte-parole des opérations militaires ukrainiennes, Vladislav Selezniov, a indiqué que des hommes armés continuaient d'attaquer des soldats, notamment dans les fiefs rebelles de Donetsk et Slaviansk, sans faire de victimes. Le président Porochenko, élu le 25 mai avec le soutien des Occidentaux, a fait valoir ses conditions inscrites dans le plan de paix auprès des États-Unis et appelé la Russie à des avancées concrètes lors d'un entretien téléphonique avec le vice-président américain Joe Biden, pour la deuxième fois en 48 heures.

Selon un communiqué de la présidence, mardi, Petro Porochenko a indiqué à Joe Biden que le cessez-le-feu devait «s'accompagner de la libération des otages et d'une fermeture de la frontière pour empêcher l'entrée en Ukraine de mercenaires et armes venus de Russie». Kiev et les Occidentaux accusent la Russie d'armer en sous-main la rébellion pour déstabiliser l'Ukraine, qui doit signer vendredi le dernier volet d'un accord historique d'association avec l'Union européenne. Moscou dément ces accusations et le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a encore assuré lundi que la Russie n'était guidée par «aucune ambition géopolitique».

Forte activité diplomatique en coulisses

Petro Porochenko a en outre souligné auprès de Joe Biden que "la Russie doit maintenant faire la preuve d'un réel pas en avant", selon la présidence, dans un appel à peine voilé à Moscou pour peser de tout son poids auprès des insurgés pour faire cesser les combats. D'intenses efforts diplomatiques se poursuivaient mardi pour tenter d'arracher un accord de paix. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, rencontrait mardi à Kiev, Petro Porochenko, tandis que Vladimir Poutine - auquel les Occidentaux demandent de peser de tout son poids sur les insurgés séparatistes pour faire cesser les combats, se rend à Vienne.

Le président russe doit rencontrer son homologue Heinz Fischer, le Premier ministre Werner Faymann, et le Suisse Didier Burkhalter, président en exercice de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), dont la conférence annuelle s'ouvre mardi en présence notamment du nouveau ministre ukrainien des Affaires étrangères Pavlo Klimkine. Menacé de sanctions par Washington, Vladimir Poutine a souligné dans un entretien avec Barack Obama lundi qu'une «cessation véritable des combats» était «la plus haute priorité».

(L'essentiel/AFP)

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