Au Luxembourg – L'accès à certains jobs guidé par les stéréotypes
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Au LuxembourgL'accès à certains jobs guidé par les stéréotypes

LUXEMBOURG - Jugés masculins ou féminins, certains emplois peinent à attirer l'autre sexe. La barrière se dresse aussi au recrutement. Le Luxembourg veut mieux faire.

Le gouvernement luxembourgeois a intégré «l'égalité de recrutement» dans sa liste d'«actions positives» pour l'égalité des femmes et des hommes au travail.

Le gouvernement luxembourgeois a intégré «l'égalité de recrutement» dans sa liste d'«actions positives» pour l'égalité des femmes et des hommes au travail.

Une femme qui postule à un emploi considéré comme typiquement masculin, mécanicien automobile par exemple, aurait 22% de chances en moins qu'un homme, à compétences et qualifications égales, de se voir proposer un entretien d'embauche, selon une enquête publiée en France, il y a quelques jours. Cette inégalité des chances atteint même 35% pour un poste de chauffeur-livreur. Le constat est vrai au Luxembourg aussi.

«Il y a des domaines, comme la santé ou l'éducation, dans lesquels travaillent surtout des femmes. Tout comme d'autres presque exclusivement exercés par des hommes, la construction, l'informatique...», concède un porte-parole du ministère de l'Égalité des chances. Selon l'enquête, les employeurs écarteraient les candidates pour les «protéger» de tâches pénibles ou du sexisme supposé. «Les préjugés sont un concept social qu'il est possible d'éviter», peste le porte-parole luxembourgeois.

«Égalité de recrutement»

Les auteurs de l'enquête ont répondu à 451 offres d'emplois pour des postes de chauffeur-livreur, de mécanicien automobile et de jardinier. Ils ont envoyé les CV de deux demandeurs d'emploi fictifs, Julie et Thomas, mêmes âges, diplômes et expériences. Thomas a été recontacté pour 168 entretiens et Julie pour 131 seulement.

Le gouvernement luxembourgeois a intégré «l'égalité de recrutement» dans sa liste d'«actions positives» pour l'égalité des femmes et des hommes au travail, et invite les entreprises et institutions à rejoindre le programme. Difficile de se rendre compte, pour l'instant, de l'impact sur le terrain mais le Grand-Duché a choisi, aussi, d'opérer pour sensibiliser les plus jeunes. «Une grande campagne de sensibilisation visant à réduire l’effet néfaste des stéréotypes sexués a été menée cette année», rappelle le ministère de l'Égalité des chances. Notamment via l'édition de petits livrets illustrés, dont l'un nommé «Moi aussi je peux le faire».

Et puis le ministère mise beaucoup sur l’événement «girls day/boys day», qui permet aux élèves de passer une journée «dans une entreprise où leur sexe est sous-représenté». Une action annuelle large qui associe les plus jeunes et les actifs, dont l'édition 2018 a été suspendue pour affiner le concept et rendre la démarche plus efficace.

(L'essentiel/Nicolas Chauty et Gaël Padiou)

L'avis d'un recruteur

«En tant que recruteur, nous ne faisons pas de discrimination. Nous présentons aux clients les candidats qui nous semblent correspondre le mieux au profil souhaité. Mais, in fine, force est de constater que certains employeurs privilégieront davantage un homme pour un métier masculin et inversement, pour la capacité de l'un ou de l'autre à s'intégrer rapidement», confie Sébastien Pourbaix, recruteur.

«Mais, même chez les candidats, la tentation reste grande de ne postuler que pour un poste purement masculin ou féminin pour être plus certain d'être pris». C'est un constat similaire qu'effectue Mathilde Lambin, responsable de Manpower Luxembourg, même si elle ressent les prémices d'un changement de mentalités.

«Dans de grandes entreprises, ou des sociétés internationales, cette discrimination tend à disparaître», confie-t-elle.

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