Bande dessinée – L'Afghanistan en cases
Publié

Bande dessinéeL'Afghanistan en cases

Grand reporter belge, Pascale Bourgaux est l'héroïne d'une BD qui évoque l'Afghanistan à travers l'un de ses chefs de village.

«Pendant dix ans, je me suis régulièrement rendue en Afghanistan, notamment dans un village du nord, Dasht-E-Qaleh, où je me suis liée d'amitié avec un seigneur de guerre, le chef respecté Mamour Hasan, farouche adversaire des talibans», explique le grand reporter belge Pascale Bourgaux. De making of du reportage du documentaire télévisé de la journaliste sur Mamour Hasan, la BD signée Zabus et Campi est devenue le quotidien d’un grand reporter en pleine action dans un pays où être une journaliste occidentale n’est pas sans danger.

«En septembre 2001, tous les journalistes se sont précipités en Afghanistan, au QG de Massoud. Sur place, un journaliste turc m'a proposé d'aller à Dasht-E-Qaleh. Dans ce pays, il y a un truc magique: l'hospitalité. Je suis arrivée chez Mamour Hasan et j'ai été nourrie, logée, blanchie», dit Pascale Bourgaux.

À chacun de ses voyages (sept en une dizaine d'années), elle a appris à connaître le chef, mais aussi ses trois femmes et ses enfants. «Il m'a fallu pousser le mur au bout du jardin. Elles avaient très envie de me connaître et moi de même».
Alors que l'Afghanistan se débat dans une situation des plus confuses, entre guerre, luttes d’influence et corruption, elle a malheureusement vu ce bastion de la résistance antitalibane basculer peu à peu. «Contre toute attente, ce sont les jeunes, notamment le fils du chef de la tribu, qui s'élèvent en faveur des talibans parce que le bilan occidental est plus que mitigé. Malgré les milliards engloutis, l'Afghanistan reste le pays le plus pauvre de la planète».

Alors qu'elle espère toujours retourner dans ce village, avec lequel elle est en contact par Internet ou Skype, Pascale Bourgaux sait qu'elle n'y remettra peut-être jamais les pieds tant la situation se tend.
«C'était un village de Gaulois qui a résisté de tout temps aux talibans. Et maintenant que les gens doutent, ils pensent qu'ils sont la solution. Cela me navre tant Mamour Hassan est un progressiste». Féministe, femme engagée, elle a partagé le quotidien de femmes qui ne «sont pas tellement dans la rébellion». Leur problème, ce n'est pas le port de la burka, mais le manque de nourriture, de soins, de médicaments ou d'écoles.

«On fantasme sur les besoins réels des Afghanes. On confond Kaboul, la capitale, et tout le reste du pays. On ne peut pas changer 500 ans de culture traditionnelle en quelques années. Il y a un temps historique incompressible». Loin des clichés et des discours politiques, «Les larmes du seigneur afghan» permet de découvrir l'envers du décor et une vision humaniste et touchante de l'Afghanistan.

«Les larmes du seigneur
afghan». Bourgaux, Zabus
et Campi. Dupuis (Aire Libre).

(Denis Berche)

Ton opinion