L'Allemagne perd patience face aux conducteurs de train

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L'Allemagne perd patience face aux conducteurs de train

Alors qu'il s'apprête à paralyser à nouveau jeudi le trafic ferroviaire, le syndicat GDL des conducteurs de trains voit son capital de sympathie auprès de la population s'éroder, tandis que les responsables politiques l'accusent de saper la paix sociale en Allemagne.

A partir de jeudi 02h00 locales et pour trente heures, leur plus longue action à ce jour, les conducteurs doivent débrayer sur les liaisons régionales et les trains de banlieue. Un tribunal leur a interdit de toucher aux grandes lignes et au fret.

Compréhensifs au départ, les Allemands perdent patience à la veille de cette quatrième mobilisation en un mois. Selon un sondage réalisé pour le compte du magazine Stern, à paraître jeudi, ils sont 45% à soutenir les conducteurs de trains.

Ils étaient encore 55% dans ce cas début octobre, après un premier débrayage de trois heures de GDL, qui revendique des hausses de salaires substantielles pour les conducteurs et surtout une convention collective distincte de celle des autres salariés.
Le comportement fantasque du patron du syndicat, Manfred Schell, ne fait rien pour calmer les esprits.

La semaine dernière, M. Schell avait abruptement décidé de partir pour trois semaines en cure de repos, à la veille d'une grève. Au grand dam du tabloïd Bild, qui s'était empressé de publier des photographies du syndicaliste se rendant en jogging à ses séances de remise en forme, et de persifler sur son train de vie, notamment sa passion pour les belles voitures.

Mais au-delà du problème d'image de son leader, le syndicat GDL suscite désormais l'agacement des responsables politiques de gauche comme de droite. Le chef du parti social-démocrate allemand (SPD), Kurt Beck, s'est ainsi livré mardi à une attaque en règle de la mobilisation des conducteurs de train, qui "va semer le chaos si elle fait école." Une préoccupation partagée au sein du parti néocommuniste Linkspartei, dont le leader Oskar Lafontaine a dit mercredi au Tagesspiegel: "Ce n'est pas une bonne tendance, lorsque des groupes isolés se détachent du reste des salariés et veulent imposer leurs propres intérêts."

Sans surprise, la droite tire à boulets rouges sur le syndicat: "J'ai perdu toute espèce de compréhension pour cette organisation", a ainsi dit Lorenz Meyer, porte-parole pour les questions économiques des députés conservateurs. Même le patron de la banque centrale allemande (Bundesbank) a mis son grain de sel: "Nous appelons à la responsabilité des deux parties pour la stabilité des prix", a dit Axel Weber. Ce qui signifie, dans le jargon des banquiers centraux, qu'il espère un accord salarial modéré pour ne pas nourrir l'inflation.

Si GDL est tant critiqué, c'est toutefois moins pour ses revendications salariales ambitieuses (jusqu'à 31% de hausse) que pour son obstination à rompre l'unité salariale dans son entreprise. Les conducteurs de train remettent en cause le fonctionnement traditionnel des négociations salariales à l'allemande, qui veut que de grands syndicats de branche négocient au sommet avec le patronat sur le sort des centaines de milliers de salariés.

Mais ce modèle, qui garantit une paix sociale rarement troublée, est remis en cause par la fonte du nombre d'adhérents des grands syndicats, au profit d'organisations corporatistes et plus virulentes comme GDL, dont l'équivalent existe déjà par exemple pour les pilotes d'avions. Alors que les discussions entre GDL et la compagnie Deutsche Bahn sont au point mort, les appels se multiplient pour une intervention de l'Etat, propriétaire de la société de chemins de fer.

Mais le gouvernement d'Angela Merkel reste discret, se retranchant derrière le principe de "l'autonomie des partenaires sociaux."

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