Livraison à domicile – L'ambitieux Glovo à la conquête du monde

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Livraison à domicileL'ambitieux Glovo à la conquête du monde

La start-up espagnole Glovo poursuit son essor international au-delà des livraisons de repas, malgré de vives critiques sur les conditions de travail de ses livreurs.

A worker of Glovo, rides his bike during a delivery, on December 3, 2019 in Barcelona. - Barcelona-based delivery startup Glovo said on December 19, 2019 it had officially obtained "unicorn" status with a valuation of more than $1 billion after raising funds from Emirati investment firm Mubadala. The move came after Glovo, which provides on-demand courier services, said it had raised 150 million euros ($167 million) in funding, mostly from Mubadala. (Photo by PAU BARRENA / AFP)

A worker of Glovo, rides his bike during a delivery, on December 3, 2019 in Barcelona. - Barcelona-based delivery startup Glovo said on December 19, 2019 it had officially obtained "unicorn" status with a valuation of more than $1 billion after raising funds from Emirati investment firm Mubadala. The move came after Glovo, which provides on-demand courier services, said it had raised 150 million euros ($167 million) in funding, mostly from Mubadala. (Photo by PAU BARRENA / AFP)

AFP/pau Barrena

Un ambitieux patron de 27 ans, une armée en expansion d'ingénieurs informatiques: à Barcelone, la start-up Glovo poursuit son essor international au-delà des livraisons de repas, malgré de vives critiques sur les conditions de travail de ses livreurs. En 2015, Oscar Pierre quittait son premier emploi chez Airbus à Toulouse, après seulement trois mois. «L'industrie est un peu lente... Je cherchais un autre rythme», explique à l'AFP l'ancien ingénieur aéronautique, la silhouette élancée, le regard bleu concentré.

Aujourd'hui, le jeune Espagnol dirige 1 500 employés dans 26 pays, dont la moitié à Barcelone, sa ville natale, à partir de bureaux flambants neufs dignes de la Silicon Valley: poufs, baby-foots, cafétéria décorée de photos polaroïd des jeunes employés. Dans l'entrée trônent les sacs à dos jaunes utilisés par les 50 000 livreurs de Glovo, à vélo ou à moto, pour apporter à domicile des repas de restaurants dans 288 villes mais aussi couches pour bébés, médicaments, fleurs, etc. Car Glovo, contrairement à ses concurrents Deliveroo ou UberEats, ne se limite pas à la nourriture. «Commande ce que tu veux», propose l'application.

Statut envié de «licorne»

En 2019, Oscar Pierre prévoit 250 millions d'euros de chiffre d'affaires, soit une hausse de plus de 200% par rapport à 2018, année où les ventes avaient déjà bondi de 350%. Depuis 2015, Glovo a levé 460 millions d'euros auprès d'investisseurs attirés par l'essor du secteur, et vient d'accéder au statut envié de «licorne», ces start-ups valorisées au-delà d'un milliard de dollars. «Ça donne le vertige, beaucoup de pression, mais en même temps on profite à fond car on sait que c'est assez unique de vivre ça», dit en souriant ce fils d'une famille d'entrepreneurs.

Il espère dégager des bénéfices «d'ici à 18 mois» au niveau mondial, même si l'activité est déjà rentable en Espagne, en Italie et au Portugal. Pour croître, Glovo s'implante là où la concurrence est moins vive qu'en Europe occidentale: Amérique latine, Kazakhstan, Ukraine, Maroc, Côte d'Ivoire, etc.

Procès de livreurs

Mais plus que ces projets, ce sont les livreurs qui ont fait la Une en Espagne ces derniers mois, avec plusieurs grèves dénonçant un quotidien sous pression et des heures de travail insuffisantes pour obtenir un revenu décent. Vingt-et-un d'entre eux ont traîné Glovo en justice, l'accusant de les traiter en «faux indépendants», soumis aux mêmes contraintes que des salariés mais sans les avantages sociaux dont ces derniers bénéficient. Les tribunaux ont donné raison onze fois aux livreurs et dix fois à Glovo, selon l'entreprise. La Sécurité sociale espagnole lui réclame des cotisations impayées pour des centaines de livreurs.

Pour Oscar Pierre, le problème n'est pas de savoir «s'ils sont employés ou indépendants». «C'est un nouveau paradigme» pour lequel il faut «créer une nouvelle régulation» du secteur, dit-il, suggérant de mettre en place des couvertures sociales supplémentaires payées par l'entreprise. Il met en avant la «flexibilité» offerte aux coursiers, dont «60% travaillent à temps partiel». Aimeraient-ils travailler plus ? «Je n'ai pas cette information», reconnaît-il, désarçonné par cette question.

S'affirmant soucieux d'augmenter le revenu de ses livreurs, Glovo affirme travaille à améliorer l'application afin qu'ils puissent faire trois livraisons par heure, contre deux actuellement. «Avec la technologie, c'est possible», assure Oscar Pierre.

(L'essentiel/afp)

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