Intégration des élèves – L'Ecole européenne vit-elle dans une bulle?

Publié

Intégration des élèvesL'École européenne vit-elle dans une bulle?

LUXEMBOURG - L'image de «ghetto élitiste» colle à la peau des établissements pour les enfants de fonctionnaires européens. Au Kirchberg et à Mamer, on tente de s'en défaire.

Dans les deux écoles, la volonté de s'intégrer au pays est  présente.

Dans les deux écoles, la volonté de s'intégrer au pays est présente.

Editpress

«Quand je suis arrivée au Luxembourg il y a sept ans, je ne fréquentais que des élèves de l'école. Aujourd'hui c'est différent. Je fais des activités à côté et je sors», explique Margarita, 17 ans, élève à l'École européenne de Mamer. «Je pense que l'école vit un peu dans une bulle européenne. C'est-à-dire qu'il y a un vrai mix des cultures, mais que s'il n'y a pas de volonté personnelle, vous ne vous mélangez pas forcément avec les Luxembourgeois», ajoute la jeune femme, de nationalité grecque.

Dans un article datant de novembre dernier, un constat pas très glorieux était fait des Écoles européennes en Belgique ou encore en Grande-Bretagne. Soixante ans après leur création, ces structures prises en exemple pour leur enseignement des langues, y étaient perçues comme «un ghetto dans lequel vivent les Eurocrates». Qu'en est-il du Luxembourg?

L'école doit jouer un rôle dans cette intégration

Selon Emmanuel De Tournemire, directeur de l'école de Mamer, la situation doit être nuancée. «Nous essayons de nous défaire de cette image. Actuellement, 29% de nos élèves viennent de l'extérieur, c'est-à-dire que leurs parents ne travaillent pas pour les institutions européennes. De plus, nous donnons des cours de luxembourgeois depuis une dizaine d'années. Nous devons garder en tête que nous faisons partie du territoire du Grand-Duché», précise le responsable. Du côté du Kirchberg, la volonté de s'intégrer au pays est également présente. «Des élèves du lycée Ermesinde sont venus suivre des cours chez nous. Cette année, c'est à notre tour d'aller là-bas!», lance la directrice Toula Vassilacou.

La chef d'établissement reconnaît tout de même qu'il y a encore du travail: «Un élève de 16 ans qui arrive chez nous va pouvoir s'adapter à l'école, mais s'intégrer à la société, s'il ne parle pas le Français, l'Allemand ou le Luxembourgeois, sera plus difficile. L'école doit jouer un rôle d'intégration et aider l'élève à mieux connaître le Luxembourg par des visites au musée ou des rencontres avec des acteurs locaux». Pourtant, pour certains élèves, qui ont fait toute leur scolarité dans la structure européenne, leur intégration ne s'est pas vraiment faite grâce à l'école.

«Je suis née au Luxembourg et je ne parle même pas la langue»

«Je me suis intégrée au pays grâce à la natation où j'ai pu rencontrer des gens différents et à la fin de mes études quand j'ai commencé à sortir. Je trouve cela dommage qu'il n'y ait pas plus de contact avec les autres écoles», explique Anna, 24 ans. «Grâce à cette école, j'ai des amis qui viennent de partout, mais je suis un peu frustrée. Je suis née au Luxembourg et je ne parle même pas la langue. J'aimerais bien avoir la nationalité», lance la jeune fille qui compte se mettre rapidement au Luxembourgeois.

Pour Anna et Margarita, être allées à l'École européenne est un atout, mais cette jolie bulle dans laquelle elles ont grandi mériterait parfois d'être percée. Si l'ouverture sur le pays et sur la langue sont des objectifs, il y a une autre barrière à franchir, celle de la mixité sociale. «Selon une étude PISA datant de 2011, seulement 2% des élèves sont issus des milieux défavorisés. C'est une réalité que nous ne pouvons pas nier, mais cela s'explique par le fait que l'inscription est payante pour les enfants venant de l'extérieur», conclut Toula Vassilacou.

(Nastassia Solovjovas/L'essentiel)

Les cours de Luxembourgeois

Instaurés il y a près de dix ans, le Luxembourgeois n’est pas obligatoire. «Ça n’est pas considéré comme une langue officielle par l'Union européenne, mais complémentaire. C’est donc un cours facultatif», explique Emmanuel de Tournemire. Deux groupes de 33 élèves le pratiquent à Mamer et 123 élèves à l’école du Kirchberg.

De plus en plus d’élèves

Il y a actuellement 2 120 élèves à l’école de Mamer et 2 808 à celle du Kirchberg. «Nous avons de plus en plus de demandes et il se peut que dans quelques années une troisième école soit ouverte», précise Emmanuel de Tournemire. Une quarantaine de nationalités sont présentes et près de 20 langues y sont parlées. L’Union européenne finance les établissements à hauteur de 70%. Les 30% restants sont issus des droits de scolarité payés par les parents des élèves venant de l’extérieur. L’État luxembourgeois participe au financement des bâtiments.

Ton opinion