A Gibraltar – L'économie du jeu en ligne craint le Brexit

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À GibraltarL'économie du jeu en ligne craint le Brexit

Les paris et les jeux par Internet sont la première ressource de la colonie britannique Gibraltar, qui espère la préserver après le Brexit.

Les activités installées chez Continent8 ou dans les deux autres data centers de Gibraltar sont stratégiques: elles assurent 25% du produit intérieur brut.

Les activités installées chez Continent8 ou dans les deux autres data centers de Gibraltar sont stratégiques: elles assurent 25% du produit intérieur brut.

AFP

Dans des galeries creusées pour défendre le rocher de Gibraltar, clignotent des ordinateurs reliés au monde entier: ces engins destinés à des paris et des jeux par Internet sont la première ressource de la colonie britannique, qui espère la préserver après le Brexit. Gibraltar, une enclave de 6 km² réclamée par l'Espagne, est devenue en vingt ans la Mecque de l'industrie des jeux d'argent en ligne: paris sur les matches de foot ou les élections législatives britanniques, poker, roulette, baccara... Les ordinateurs du data center de Continent8 travaillent derrière des portes blindées, dans un tunnel où se trouve encore le bureau d'où le général Dwight Eisenhower, commandant en chef des Alliés, dirigea les opérations de débarquement en Afrique du Nord en 1942.

Pour les 33 000 habitants du «Rocher», ces activités installées chez Continent8 ou dans les deux autres data centers de Gibraltar sont stratégiques: elles assurent 25% du produit intérieur brut, plus qu'aucun autre secteur de l'économie, souligne le ministre du Commerce, Albert Isola. Ces sociétés de Gibraltar représentent à elles seules 30% des 39,3 milliards de dollars générés en 2016 par l'industrie mondiale des jeux et des paris en ligne, selon les consultants H2 Gambling Capital. Plus que nulle part ailleurs.

3 000 employés

Attirés par une fiscalité favorable et l'accès au marché européen, les premiers opérateurs ont déménagé des Caraïbes vers Gibraltar dans les années 90, quand on pariait encore par téléphone. «Notre philosophie a été dès le départ de n'accepter que des sociétés qui ont pignon sur rue», explique Albert Isola à l'AFP: elles doivent opérer physiquement à Gibraltar et sont soumises à une réglementation stricte, pour empêcher le blanchiment et surtout protéger les mineurs et les joueurs en risque d'addiction.

Seules 30 sociétés ont une licence de jeux en ligne à Gibraltar mais elles emploient plus de 3 000 personnes de diverses nationalités, qui en attirent d'autres. Si Gibraltar plaît autant à ces magiciens des algorithmes et ces commerciaux, c'est qu'ils peuvent faire la navette depuis l'Espagne, où la vie est douce et moins chère. «C'est pourquoi avec le Brexit, le principal souci est la façon dont la frontière va fonctionner». Après la décision britannique, le 23 juin 2016, de quitter l'Union européenne, l'Espagne a renouvelé sa revendication sur Gibraltar, un territoire cédé en 1713 à la couronne britannique.

Un simple renforcement des contrôles douaniers peut provoquer des queues interminables. Les termes du Brexit que Londres a commencé à négocier avec Bruxelles auront aussi un impact sur les jeux en ligne. Car cette industrie est largement tournée vers le marché britannique, le plus important et mature d'Europe.

(L'essentiel/AFP)

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