Contre la Russie – L'Europe envisage de nouvelles sanctions

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Contre la RussieL'Europe envisage de nouvelles sanctions

Les dirigeants européens, dont Xavier Bettel et Jean Asselborn, doivent apporter samedi une réponse à la nouvelle escalade en Ukraine menée par Moscou.

Le président sortant de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a averti vendredi au téléphone le président Vladimir Poutine que toute nouvelle «déstabilisation» de l'Ukraine aurait un «coût élevé» pour la Russie. Le secrétaire général de l'Alliance atlantique Anders Fogh Rasmussen a de son côté condamné ce qu'il a appelé le «mépris permanent de la Russie pour ses obligations internationales», exigeant une désescalade dans le conflit qui ravage l'Est de l'Ukraine. Le président en exercice de l'OSCE, le Suisse Didier Burkhalter, a lui exprimé sa préoccupation face à la récente extension des combats dans l'Est de l'Ukraine et devant «les informations» faisant état de l'arrivée de troupes et de matériels militaires russes.

Le président ukrainien Petro Porochenko assistera à l'ouverture du sommet de Bruxelles, au cours duquel les 28 chefs d'État et de gouvernement de l'UE discuteront d'éventuelles nouvelles sanctions contre la Russie. Initialement, M. Porochenko devait seulement être reçu samedi matin par les présidents sortants du Conseil, Herman Van Rompuy, et de la Commission, José Manuel Barroso. Mais l'aggravation de la situation a conduit les Européens à signifier leur soutien de manière plus visible. En un peu plus de quatre mois, ce conflit entre les forces armées de Kiev et les insurgés prorusses a fait près de 2 600 morts selon l'ONU, ainsi que des milliers de blessés et des centaines de milliers de déplacés et de réfugiés.

Kiev relance le processus d'adhésion à l'Otan

Pour le Luxembourg, le Premier ministre Xavier Bettel et le ministre des Affaires étrangères Jean Asselborn participeront au sommet. Juste avant, ce dernier s'est rendu dans la matinée à Paris, à l'invitation du président français François Hollande, pour une réunion informelle des dirigeants sociaux-démocrates de l'UE. La gauche européenne, qui préparait ainsi le sommet, prône un nouveau durcissement des sanctions européennes à l'égard de la Russie, «tout en gardant les canaux diplomatiques avec Moscou ouverts», a indiqué le ministère luxembourgeois des Affaires étrangères. «Il y a incontestablement une aggravation de la situation en Ukraine: présence de matériels venant de Russie, présence de soldats c'est probable, en tout cas de séparatistes armés et aidés par la Russie», a argumenté François Hollande à l'issue de la réunion.

Jeudi, l'Otan a affirmé que plus de 1 000 soldats russes combattaient en Ukraine et que 20 000 étaient massés le long de la frontière. Le ministère russe de la Défense a démenti toute présence de troupes russes. Ces accusations «n'ont aucun rapport avec la réalité», il s'agit de «fausses informations», a-t-il déclaré. Le chef de la diplomatie française Laurent Fabius a demandé vendredi que «cessent les bruits de bottes russes» en Ukraine, et Berlin a dénoncé une «intervention militaire». Sur le terrain, Novoazovsk, petite cité balnéaire ouvrière située à une quinzaine de kilomètres de la frontière russe, était solidement contrôlée vendredi par les rebelles, deux jours après le repli précipité de l'armée ukrainienne à la suite d'une contre-offensive des insurgés. Tous les regards sont désormais tournés vers Marioupol (460 000 habitants), port stratégique ukrainien sur la mer d'Azov, dont la Russie et la Crimée sont aussi riveraines, qui se préparait dans le calme à subir des combats. Face à cette situation, Kiev a annoncé vendredi son intention de relancer le processus d'adhésion à l'Otan, l'Alliance atlantique soulignant de son côté qu'elle ne fermerait pas la porte à l'Ukraine.

Porochenko «est le genre de partenaire avec qui on peut avoir un dialogue», selon Poutine

M. Poutine a pour sa part déclaré qu'il fallait «contraindre» Kiev à négocier avec les séparatistes prorusses pour «entamer des négociations sur le fond». Dans un communiqué, il a vanté les «succès considérables» de la rébellion, qui a repris l'initiative sur l'armée ukrainienne après plusieurs semaines de recul. M. Poutine s'est adressé aux «insurgés de la Novorossia» («Nouvelle Russie»), mot qu'il utilise depuis avril pour désigner plusieurs régions de l'Est et du sud de l'Ukraine. Ce concept de «Nouvelle Russie» datant de l'époque tsariste renvoie à l'idée d'un territoire sous contrôle indirect de Moscou, qui pourrait se contenter d'incursions militaires destinées à soutenir la rébellion prorusse, déstabilisant durablement Kiev et freinant le processus de son rapprochement avec l'Ouest.

«Le peuple russe et le peuple ukrainien étaient quasiment un seul et même peuple», a lancé M. Poutine, déclarant aussi que la Crimée ne retournerait jamais dans le giron ukrainien. Par ailleurs, M. Poutine a tenu des propos positifs sur M. Porochenko et a annoncé qu'il avait conclu avec lui un accord sur l'aide humanitaire en Ukraine, dans une interview dont des extraits ont été diffusés dans la soirée et qui doit être diffusée dimanche dans son intégralité. La rencontre entre les deux hommes mardi à Minsk a été «très bonne, c'est mon impression, elle a été très franche», a déclaré M. Poutine. M. Porochenko «est à mon avis le genre de partenaire avec qui on peut avoir un dialogue», a-t-il assuré. Il a indiqué avoir accepté une proposition du président ukrainien pour que la Russie livre de l'aide humanitaire par rail à Lougansk et à Donetsk, principaux bastions des insurgés. La Russie avait envoyé la semaine dernière un convoi humanitaire routier à Lougansk, sans le feu vert de Kiev.

(L'essentiel/AFP)

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