France/Grand Est – L'IA entre au bloc opératoire au CHU de Strasbourg
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France/Grand EstL'IA entre au bloc opératoire au CHU de Strasbourg

STRASBOURG - au CHU de Hautepierre, l'intelligence artificielle assiste les soignants lors d'opérations afin de mieux prévenir et gérer les risques liés à l'hypotension artérielle.

Le dispositif est réservé aux patients les plus fragiles, âgés et/ou porteurs de comorbidités.

Le dispositif est réservé aux patients les plus fragiles, âgés et/ou porteurs de comorbidités.

AFP/Frederick Florin

Un «super coach» pour opérer avec plus de sécurité les patients fragiles: au CHU de Hautepierre à Strasbourg, l'intelligence artificielle (IA) assiste désormais les soignants lors d'opérations afin de mieux prévenir et gérer les risques liés à l'hypotension artérielle. Pour un œil non initié, rien ne distingue ce moniteur des nombreux écrans présents dans la salle d'opération, chargés de traduire les fonctions vitales des patients en chiffres et en courbes.

Mais depuis plusieurs mois, il revêt pour les soignants du CHU une importance toute particulière: lors de certaines interventions chirurgicales, ses «supercalculateurs» analysent une multitude de données pour alerter l'équipe médicale lorsque se profile un risque d'hypotension, véritable «danger» pour le patient dont les organes risquent alors de ne plus être suffisamment oxygénés, explique le Dr Éric Noll, médecin anesthésiste à Hautepierre.

Développé par la firme américaine Edward Lifesciences, ce dispositif est en train d'être déployé en Europe et aux États-Unis, développe-t-il. Hautepierre, qui en a acquis un exemplaire (28 000 euros pièce), l'a intégré en septembre 2020 dans sa routine opératoire pour ses patients les plus à risques et dit être le premier hôpital français à l'utiliser. Une trentaine de soignants, principalement en chirurgie orthopédique et traumatologique, ont été formés à cet outil.

Une alerte sonore

Relié au patient par un cathéter artériel, la machine analyse en temps réel et «de manière extrêmement détaillée les variations de pression» artérielle et les «compare à une base» de données de milliers de patients, une opération impossible à réaliser pour un esprit humain, explique Éric Noll.

Ses «supercalculateurs» font alors des «liens statistiques» et déterminent une probabilité que survienne rapidement une hypotension, poursuit le Dr Julien Pottecher, chef du service d'Anesthésie-Réanimation de Hautepierre. Lorsque cette probabilité atteint 85%, l'intelligence artificielle lance une alerte sonore, alors même que le patient n'est pas encore hypotendu: cela donne «quelques secondes d'avance précieuses» pour analyser ce qui ne va pas et préparer le traitement adéquat, «avant que la tension ne soit en dessous du seuil critique».

Cibler la médication la plus appropriée

Certes, cela fait longtemps que la pression artérielle est monitorée lors des opérations, et le personnel médical est largement formé pour réagir en cas de baisse anormale. «Mais le traitement n'est pas immédiat: une perfusion, administrer un médicament, ça met un certain temps à se préparer», explique Éric Noll. «Un temps incompressible» de plusieurs minutes «pendant lesquelles la pression est en dessous du niveau recommandé», renchérit le Dr Pottecher.

Désormais, l'IA est même «en mesure de nous dire quelle est la composante qui expliquerait l'hypotension», ce qui permet d'anticiper et de cibler la médication la plus appropriée, souligne-t-il.

Un «supercoach», en somme, qui donne «plus de sécurité, permet d'opérer des patients de plus en plus fragiles et d'avoir de moins en moins de complications», s'enthousiasme le Dr Noll. Le dispositif est réservé aux patients les plus fragiles, âgés et/ou porteurs de comorbidités. Une vingtaine en a bénéficié à ce jour et le CHU le cantonne pour l'instant à une centaine d'opérations par an.

(L'essentiel/afp)

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