Yuriko Backes – «L'image du Luxembourg s'est améliorée»
Publié

Yuriko Backes«L'image du Luxembourg s'est améliorée»

LUXEMBOURG - Yuriko Backes, la nouvelle ministre des Finances, évoque ses débuts au gouvernement et les premiers défis qui l'attendent.

Yuriko Backes découvre les responsabilités politiques depuis son assermentation le 5 janvier.

Yuriko Backes découvre les responsabilités politiques depuis son assermentation le 5 janvier.

Vincent Lescaut

L'essentiel: Comment se passent vos premiers pas de ministre?

Yuriko Backes: Les responsabilités du ministère des Finances touchent à de nombreux sujets hautement politiques, souvent complexes et techniques. C'est pourquoi j'ai commencé à m'y préparer dès les vacances de Noël. Mon prédécesseur Pierre Gramegna, ainsi que l’équipe du ministère, m'ont aidée dans cette démarche, ce qui m'a permis de me familiariser avec le fonctionnement du ministère et des administrations. J’ai des journées intensives et un agenda bien rempli pour me familiariser avec les détails des dossiers. J'ai eu des premières rencontres avec des représentants du monde politique, économique et financier. Pour illustrer, pratiquement au lendemain de ma prise de fonctions, j’ai rencontré Pascal Saint-Amans, de l'OCDE, ici à Luxembourg. Quelques jours plus tard, je me suis rendue à Bruxelles pour les réunions de l'Eurogroupe et du Conseil «Affaires économiques et financières» (Ecofin). Ce rythme intense ne cessera guère, mais cela, je le savais bien évidemment.

Avez-vous l’impression d’être devenue une politicienne?

C’est une bonne question. En tout cas, c’est nouveau pour moi, c’est un défi, même si j’ai eu la chance de travailler avec des politiciens. Dans tous les postes que j'ai occupés jusqu'à présent, je me suis d'abord concentrée sur ma tâche. La priorité a toujours été - et reste - de servir mon pays. Ce sera également le cas pour cette fonction conséquente qui m'a été confiée. Grâce au DP, j’aurai l’opportunité, en tant que membre d’une équipe, de contribuer aux efforts du gouvernement.

En quoi le portefeuille des Finances vous plaît-il?

Je suis convaincue que des finances publiques solides constituent un pilier central du fonctionnement d'un pays. Elles permettent au gouvernement de mettre en œuvre des politiques qui aident les gens à mener une vie meilleure. Au Luxembourg, le ministre des Finances a la tâche supplémentaire de veiller sur le secteur financier, qui lui-même contribue fortement à la création d'emplois et à la croissance. Au fil du temps, le Luxembourg a montré à maintes reprises qu'il était capable de s’adapter et le secteur financier a joué un rôle majeur dans le succès du pays. Dans un esprit de continuité, je concentrerai aussi une grande partie de mes efforts sur le développement durable, un sujet qui me tient à cœur et où le secteur financier peut jouer un rôle important.

Quels sont vos principaux défis en tant que ministre?

Des dossiers nationaux, mais aussi toute une série de dossiers européens, comme des directives, et initiatives internationales, dont les deux piliers de la réforme de l’OCDE, sont à l’ordre du jour. Nous devons faire attention à la manière dont nous nous positionnons et à l'impact de nos décisions à long terme. Heureusement, je peux compter sur le soutien d’une équipe excellente et expérimentée.

Est-ce dommage de ne pas réaliser de réforme fiscale sous l’actuelle législature?

Je comprends que les demandes soient nombreuses et légitimes. Mais nous sortons d'une pandémie. Cela m'amène à me demander ce que l'on peut faire. Pour l'instant, je suis surtout à l'écoute et je pense que les décisions se prennent dans le dialogue. Il y a aussi beaucoup de dossiers européens et internationaux qui nous attendent. Nous devons veiller à rester attractifs et compétitifs. Enfin, le Premier ministre s'est déjà exprimé sur la réforme fiscale. En ce qui concerne l'impôt foncier, un projet doit être présenté d'ici l'automne.

Comment améliorer l’image du Luxembourg, souvent qualifié de «paradis fiscal» à l’étranger?

L'image s'est améliorée ces dernières années, mais malheureusement, on essaie toujours de présenter notre pays de cette manière. Je pense qu’il faut du temps pour changer une réputation. Les experts conviennent que, au cours des dernières années, le Luxembourg a beaucoup évolué, notamment en mettant en œuvre d'importants changements législatifs ou encore en s'engageant activement dans les discussions internationales au niveau de la transparence fiscale et de la lutte contre le blanchiment. Mon rôle consistera à souligner ces efforts.

La Place financière est forte, mais à quel point le Luxembourg a-t-il besoin de diversifier son économie?

Ce n’est pas une discussion nouvelle, et bien sûr la diversification demeure importante pour notre économie. C'est pourquoi il existe, par exemple, les différents clusters qui se concentrent sur les technologies-clés ciblées stratégiquement, ou le Luxembourg House of Financial Technology, qui aident à diversifier l'économie luxembourgeoise ainsi que notre Place financière. Toujours est-il que l’industrie financière est une pierre angulaire de la croissance économique et de la création d'emplois au Luxembourg et dans la Grande Région. Elle contribue très largement au bien-être des citoyens. En outre, elle a sans doute démontré sa capacité d’adaptation au cours de la pandémie.

Est-il prudent économiquement et socialement de maintenir la nouvelle augmentation de 5 euros de la taxe CO2 en 2023?

La lutte contre le changement climatique reste une priorité pour ce gouvernement et pour l’Union européenne dans son ensemble. La transition énergétique est l'un des défis les plus importants de notre génération et nécessitera des efforts considérables. La tarification du carbone constitue une mesure permettant de contribuer à cet objectif ambitieux. Face à cette toile de fond, le gouvernement a fixé le prix du carbone pour la période législative, c’est-à-dire jusqu’en 2023. En même temps, des compensations sociales sous forme de crédit d'impôt ont été introduites afin que l’impact sur les ménages à faible niveau de vie soit neutre.

(Propos recueillis par Joseph Gaulier/L'essentiel)

Ton opinion