Salaires au Luxembourg – L'index: «charge» de plus ou «un soulagement»?

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Salaires au LuxembourgL'index: «charge» de plus ou «un soulagement»?

LUXEMBOURG - Les salaires et pensions vont augmenter de 2,5% compte tenu du taux d'inflation. La nouvelle est diversement appréciée par les acteurs économiques.

L'indexation «vient grever la trésorerie des entreprises à un très mauvais moment», alors que les artisans «sortent fragilisés de la pandémie» et sont déjà «massivement impactés par la pénurie de matériel et de matières premières».

L'indexation «vient grever la trésorerie des entreprises à un très mauvais moment», alors que les artisans «sortent fragilisés de la pandémie» et sont déjà «massivement impactés par la pénurie de matériel et de matières premières».

Editpress/Julien Garroy

L'annonce d'une nouvelle indexation, tombée vendredi, a été forcément bien accueillie par tous les salariés du pays. Voir son salaire ou sa pension augmenter de 2,5%, personne ne crache dessus. «Nous sommes très satisfaits de ce système qui permet le maintien du pouvoir d’achat, alors que l’inflation est repartie. C’est un soulagement pour les salariés», explique Patrick Dury, président du syndicat LCGB. Selon lui, «le système d’indexation a fait ses preuves».

Mais de nombreux acteurs ont reçu plus froidement cette officialisation. «Les entreprises devront essayer de combler cette charge salariale supplémentaire par une augmentation du chiffre d’affaires», a réagi Christian Reuter, secrétaire général adjoint de la Fédération des artisans. «C’est bien de préserver le pouvoir d’achat des salariés, mais il faut voir aussi que cela génère un coût pour les entreprises, évalué à 800 millions d’euros pour l’économie, sachant qu’une partie reviendra sous forme de consommation ou de fiscalité», analyse Jean-Paul Olinger, président de l’Union des entreprises luxembourgeoises (UEL).


Ces derniers jours, François Koepp, secrétaire général de l'Horesca, avait déjà prévenu que les 2 300 cafés et restaurants mettront «deux à trois ans pour se remettre de la pandémie, payer les charges, les impôts, les arriérés...». Autant dire que les mots du ministre de l'Économie, Franz Fayot à propos de l'index, «un mécanisme garant de notre paix sociale», ne font pas écho partout. D'autant que la précédente tranche indiciaire était intervenue au 1er janvier 2020, juste avant la crise. «Il est à rappeler que l'indexation des salaires a un impact sur l'attractivité du Luxembourg. Ces augmentations sont parfois difficiles à faire comprendre aux maisons mères étrangères», glisse l'Association des banques et banquiers, Luxembourg (ABBL).

«Fragilisés» par la pandémie

L'indexation «vient grever la trésorerie des entreprises à un très mauvais moment», insiste Christian Reuter, alors que les artisans «sortent fragilisés de la pandémie» et sont déjà «massivement touchés par la pénurie de matériel et de matières premières». Du côté des banques, on regrette cette annonce avec application immédiate: «Les employeurs auraient apprécié que l'annonce puisse être faite avec un peu plus d'avance (...) Ils se voient contraints de réagir extrêmement rapidement, ce qui peut parfois conduire à une certaine désorganisation des services».

La mesure, instaurée en pleine crise sidérurgique en 1975, vise à maintenir le pouvoir d'achat. «Face au défi climatique, est-ce toujours une bonne idée de lier l’évolution des salaires à celle du prix de l’énergie? Logiquement, l’évolution des salaires devrait suivre celle de la productivité de l’économie», suggère Christian Reuter. Jean-Paul Olinger s’interroge de son côté sur l’utilité de l’augmentation uniforme: «En valeur absolue, la mesure profite davantage aux gros salaires». «Cela n’a aucun sens d’augmenter tous les salaires de 2,5%, même ceux dépassant un certain niveau. Les inégalités sont aggravées. Il faudrait que les salaires élevés ne soient pas concernés, mais évidemment, aucun homme politique ne voudra défendre cela publiquement», lance un élu, qui veut rester anonyme.

(Nicolas Chauty et Joseph Gaulier/L'essentiel)

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