Immigration clandestine – L'Italie tente de lutter contre les passeurs

Publié

Immigration clandestineL'Italie tente de lutter contre les passeurs

Malgré de grands moyens, les autorités italiennes ont du mal à arrêter et à juger les responsables des drames en mer, qui mettent la vie des migrants en danger.

L'Italie tente d'endiguer l'immigration clandestine sur son territoire.

L'Italie tente d'endiguer l'immigration clandestine sur son territoire.

AFP/Federico Scoppa

Malgré un puissant arsenal juridique, l'aide de toutes les polices d'Europe et des milliers d'arrestations, l'Italie peine toujours à frapper les réseaux de passeurs qui ont envoyé des centaines de milliers de migrants vers ses côtes. Certes, les Tunisiens Khaled Bensalem et Mohammed Ali Malek ont été condamnés à 18 ans de prison, pour avoir provoqué deux naufrages. Mais les dizaines de scafisti (passeurs des mers) actuellement détenus ressemblent plus à Cheikhaya Dieng, un Sénégalais de 26 ans condamné parce qu'il était aux commandes de son canot.

«Le juge m'a demandé: "Tu as conduit ce canot ?" J'ai dit: "Oui, je l'ai fait, pour sauver ma vie". Parce que si je refusais, ils pouvaient me tuer. J'en ai vu d'autres comme moi, ils leur ont tiré dans les jambes. Mais le juge s'en fiche, il m'a donné trois ans et huit mois de prison», raconte-t-il. Dans de nombreux autres cas, les autorités ont pris en compte cette contrainte: seule une minorité des plus de 2 500 scafisti arrêtés depuis 2013 ont fait l'objet de poursuites. Fin février, la cour d'appel de Palerme a même acquitté les sept membres d'équipage d'un navire.

À l'abri en Libye

Les nombreuses enquêtes judiciaires sur les drames en mer visent avant tout la hiérarchie des réseaux. Les procureurs italiens disposent d'une jurisprudence qui assoit leur compétence sur toutes les embarcations en route pour l'Italie. Ils peuvent utiliser le vaste arsenal juridique mis en place dans le cadre de la lutte antimafia: écoutes téléphoniques y compris à l'étranger, témoignages de repentis... Ils bénéficient également du renseignement recueilli par Frontex, l'agence européenne de protection des frontières, et Sophia, l'opération navale européenne anti-passeurs en Méditerranée.

Mais si les dossiers sont fournis et les informations souvent précises, la plupart des chefs de réseau sont quasi-intouchables en Libye, à l'abri du chaos qui règne dans le pays depuis la chute de Mouammar Kadhafi. En juin 2016, les enquêteurs italiens ont cru connaître leur heure de gloire avec l'arrestation à Khartoum et l'extradition vers l'Italie de l'Érythréen Medhanie Yehdego Mered, considéré comme le «général» d'un vaste réseau de trafiquants. Mais depuis, les éléments sur une erreur d'identité s'accumulent.

(L'essentiel/afp)

Ton opinion