Producteur tabassé – L'un des agents s'est moqué de George Floyd
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Producteur tabasséL'un des agents s'est moqué de George Floyd

L’un des policiers mis en examen, pour la violente agression d’un producteur noir en novembre dernier à Paris, s’était moqué de la mort de George Floyd, révèle «Envoyé Spécial».

Paris, 21 novembre 2020. Surpris sans masque par une patrouille de police, Michel Zecler se dépêche de rentrer dans son studio d’enregistrement. Le producteur se trouve dans le sas quand plusieurs agents l’attrapent et tentent de le faire sortir. L’homme refuse d’obtempérer et se fait tabasser pendant cinq minutes, sous l’œil d’une caméra de surveillance. Après avoir fait usage de gaz lacrymogène, les policiers sortent Michel Zecler du bâtiment et lui passent les menottes.

Le producteur en est persuadé: les agents ont agi de la sorte en raison de son «look» et de sa «couleur de peau». L’homme affirme avoir entendu des injures racistes pendant son passage à tabac, mais l’absence de son sur les images ne permet pas de confirmer ces accusations.

C’est donc la parole de Michel Zecler contre celle des policiers, dont trois ont été mis en examen pour «violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique». S’il est prouvé que les agents ont prononcé des injures à caractère raciste, il s’agira d’une circonstance aggravante.

Des informations recueillies par des journalistes de l’émission «Envoyé Spécial», sur France 2, viennent éclairer le profil du premier policier entré dans le sas ce soir-là. Dans le téléphone de l’intéressé, les enquêteurs ont en effet découvert un mème se moquant de la mort de George Floyd, cet Afro-Américain mort asphyxié par le genou d’un policier à Minneapolis. «Quand tu dégonfles ton matelas en fin de soirée», était-il écrit en légende de l’image, partagée en mai dernier dans un groupe de discussion privé.

En août, l’agent a échangé des messages avec une proche s’inquiétant pour sa sécurité au travail. «Je suis dégoûté que tous ces bâtards soient acceptés en France et que l’on (fasse) rien», a-t-il répondu. Quand son interlocutrice lui a «interdit de devenir raciste», le policier a rétorqué: «Ben c’est pas du racisme mais tous les bâtards qui foutent la merde ce sont tous les mêmes…» À eux seuls, ces deux éléments ne permettent cependant pas, à ce stade, d’établir le caractère raciste de l’agression du mois de novembre.

Rencontré en caméra cachée, le policier s’explique sur l’image retrouvée dans son téléphone: «J’ai un groupe d’amis où on s’envoie des conneries, mais comme tout le monde, y a des vidéos de chats qui se cassent la gueule, il y a de tout», justifie-t-il. Au sujet des messages échangés avec une proche, l’agent répond: «Dans la police, nos idées changent, parce qu’on est amené à interpeller toujours le même type de population.»

Quant à l’agression de Michel Zecler, le policier nie avoir tenu des propos racistes. Il explique que le producteur a été contrôlé parce qu’il avait «un comportement suspect, parce qu’il fuyait le véhicule de police quand il nous a vus». «On ne pouvait pas voir qu’il était noir dans la nuit», ajoute-t-il.

L’examen des téléphones des trois policiers démontre en tout cas qu’ils bénéficient du soutien de leur hiérarchie. Quelques minutes après l’intervention du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin à la télévision, un lieutenant du commissariat a pris son téléphone et a envoyé ce message à ses trois subalternes: «Sachez que quoi qu’il arrive, pour moi vous n’avez en rien sali notre bel uniforme.»

(L'essentiel/joc)

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