Variole du singe en Espagne: La communauté gay se tourne vers l’abstinence

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Variole du singe en EspagneLa communauté gay se tourne vers l’abstinence

Le groupe à risques modifie ses habitudes sexuelles dans le plus gros foyer de la maladie au monde.

Photo d’illustration: une personne arrive pour recevoir un vaccin contre la variole du singe au Northwell Health Immediate Care Center, à New York, aux États-Unis, le 15 juillet 2022

Photo d’illustration: une personne arrive pour recevoir un vaccin contre la variole du singe au Northwell Health Immediate Care Center, à New York, aux États-Unis, le 15 juillet 2022

REUTERS

Abstinence, limitation des partenaires sexuels: en Espagne, plus gros foyer de variole du singe au monde, le manque de vaccins pousse une partie de la communauté gay, en première ligne face au virus, à modifier ses habitudes sexuelles pour limiter les risques. «Avec ce truc du singe, je préfère faire attention. Je n’ai plus de relations sexuelles, je ne vais plus en soirée, et ça jusqu’à ce que je sois vacciné et que j’aie un peu d’immunité». Antonio, Madrilène de 35 ans, reconnaît avoir radicalement changé ses pratiques. Le trentenaire, qui aimait souvent sortir en boîte de nuit et se rendait parfois à des soirées libertines, a stoppé net quand il a vu l’évolution de l’épidémie dans son pays.

Avec 3 738 cas selon le dernier rapport de l’OMS et les deux premiers morts recensés en Europe, l’Espagne est le pays le plus touché au monde, devant les États-Unis (3 478). Mais le ministère espagnol de la Santé en recense, lui, beaucoup plus: 4 298 cas à la date de samedi. «Ça me préoccupe tellement qu'à la Marche des Fiertés (le 9 juillet), je n’ai rien fait, je ne voulais pas déconner», confie Antonio en riant nerveusement. Avant de partir en vacances à l’étranger, Pablo (prénom changé), 38 ans, a lui aussi «évité les situations de risque». «Ce que j’ai fait, c’est que je ne suis plus allé dans les sex-clubs et je n’ai pas eu de relations sexuelles non plus», explique-t-il. Sans partenaire régulier, le trentenaire, qui travaille dans l’industrie pharmaceutique, explique que le risque est majeur dans les sex-clubs, où «tu ne sais même pas qui prévenir, ni comment s’appellent les personnes avec qui tu couches».

Pénurie de vaccins

Une tendance à la chasteté qui semble être assez répandue au sein de la communauté LGBTI, comme le confirment d’autres hommes rencontrés mais qui n’ont pas souhaité témoigner en raison de la sensibilité du sujet. Les associations locales avaient d’ailleurs conseillé de réduire les partenaires sexuels bien avant la même recommandation émise la semaine dernière par l’OMS. L’organisation a déclenché le 23 juillet son plus haut niveau d’alerte pour tenter de juguler la maladie.

«Ce n’est pas comme le Covid, le vaccin est déjà là, il n’y a pas à l’inventer. Si ça n’était pas une maladie de pédés (sic), on aurait agi plus, et plus vite»: pour Antonio, comme d’autres membres de la communauté gay, les autorités n’ont pas pris la mesure du problème. Les ONG dénoncent un manque de prévention, une pénurie de vaccins et une stigmatisation. Antonio a mis trois semaines à obtenir un rendez-vous, en se connectant chaque jour à minuit sur le site officiel. De nombreux témoignages sur Twitter confirment la difficulté à décrocher une date. Les créneaux «partent aussi vite que les billets pour le prochain concert de Beyoncé», renchérit un autre homme. À ce jour, l’Espagne n’a reçu que 5 300 premières doses arrivées fin juin. Contacté, le ministère espagnol de la Santé a refusé de s’exprimer sur le sujet.

(AFP)

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