Législatives 2018 – La commune de Frisange, bastion de l'ADR

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Législatives 2018La commune de Frisange, bastion de l'ADR

FRISANGE – Lors des élections législatives de 2013, l'ADR avait remporté 15% des voix à Frisange. Pourquoi les conservateurs y enregistrent régulièrement un tel succès?

Avec 4 600 habitants, trois sections, sept stations-services et peut-être le plus grand carrefour du Luxembourg, la commune de Frisange, à la frontière avec la France, est également connue des gourmets qui aiment se délecter des spécialités culinaires de Léa Linster dans son restaurant gastronomique. Mais Frisange se distingue également sur la carte politique pour être le bastion de l'ADR.

En effet, aux législatives de 2013, l'ADR y avait obtenu 15,4% des voix - le plus gros score du parti de droite dans le pays. Lors des élections de 2004 et de 2009, plus de 17% des électeurs avaient accordé leur vote au parti alternatif démocrate de réforme. Mais pourquoi les opinions politiques penchent plutôt à droite dans cette commune?

Une légende frisangeoise

Le succès de l'ADR à Frisange porte un nom: Gast Gibéryen. De 1982 à 2005, le député ADR de 68 ans était bourgmestre de la commune. En 2006, il a même été nommé bourgmestre d'honneur. L'ancien syndicaliste bénéficie, jusqu'à aujourd'hui, du statut de légende dans sa commune d'origine. «Gast Gibéryen a beaucoup fait pour la commune», déclare Roger Beissel, bourgmestre de Frisange (sans étiquette) depuis 2017. Et d'ajouter: «Les gens n'ont pas tant voté pour le programme de l'ADR que pour sa personnalité».

Dans la section de la commune voisine Aspelt, le calme règne toujours. Alors que dans le chef-lieu de la commune de Frisange, le trafic de transit fait rage, à Aspelt, on entend à peine le bruit d'un petit cours d'eau ou le son des cloches de l'église du village. À côté de celle-ci se trouve le château d'Aspelt, une magnifique bâtisse datant du XVIe siècle, rachetée par la commune en 1992 sous le mandat de Gast Gibéryen pour 20 millions de francs luxembourgeois et rénovée pas à pas.

«L'ADR vit et mourra avec Gast Gibéryen»

«On doit aussi à Gast Gibéryen la conservation du caractère rural d'Aspelt», affirme René Raus, ancienne figure d'Aspelt et président de l'association frisangeoise «Geschichtsfrënn». La politique du parti n'aurait jamais joué un grand rôle à Frisange. Selon René Raus, l'ADR vivrait et mourrait avec Gast Gibéryen. Quel est le point de vue de l'intéressé lui-même? «Pour beaucoup de Frisangeois, j'ai toujours été le lien avec le parti», affirme M. Gibéryen. Il aurait profité d'un «bonus de bourgmestre», mais reste à savoir si ce dernier lui profitera une nouvelle fois, 13 ans après son retrait à la tête de la commune.

D'après M. Gibéryen, la commune de Frisange aurait connu une «croissance saine» ces 40 dernières années. En effet, longtemps laissée pour compte entre le bassin minier luxembourgeois et la Moselle, Frisange compte aujourd'hui parmi les communes du pays en plein essor. Depuis l'an 2000, elle compte 1 800 habitants de plus, parmi lesquels de nombreux Luxembourgeois venus d'autres régions du pays. Le bourgmestre d'honneur salue le fait que 65% de la population locale possède la nationalité luxembourgeoise - une rareté dans la circonscription électorale multiculturelle du Sud.

ADR, Ergebnisse bei Kammerwahlen, in Prozent und SitzenInfogram

Pendant ce temps-là, à Aspelt, on redoute de plus en plus la fin d'une vie typiquement villageoise. «Il y a encore de nombreuses associations actives ici. Mais cela va-t-il rester ainsi?» s'interroge René Raus. Selon son actuel bourgmestre, M. Beissel, Frisange serait devenue une cité-dortoir. Pour Michèle Hansen-Houllard (35 ans), enseignante au primaire et conseillère communale CSV, ce serait un défi «de conserver la qualité de vie et de renforcer la cohésion au sein de la commune». L'école jouerait un rôle important dans l'intégration des nouveaux arrivants, quelle que soit leur nationalité.

Et René Raus de conclure: «J'aimerais parfois pouvoir faire marche arrière en matière de croissance pour avoir une vie plus paisible, comme dans l'Eifel, par exemple. Après tout, le Luxembourg n'est pas le centre du monde».

(Jörg Tschürtz/L'essentiel)

Dans les prochains jours, L'essentiel publiera d'autres reportages sur les «bastions» des six partis de la Chambre.

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