Au LuxembourgLa police conseille «de ne pas sortir seule la nuit»
LUXEMBOURG - Faut-il légiférer sur le harcèlement des femmes dans la rue? Tout le monde n'y est pas favorable. La police livre ses recommandations.

Le harcèlement de rue est également une réalité au Luxembourg.
Dans la veine du mouvement «Me Too», la question du harcèlement de rue s'est invitée dans le débat public, avec un constat implacable: de très nombreuses femmes subissent régulièrement des remarques désobligeantes, sifflements et approches inappropriées. Le Luxembourg n'échappe pas à la règle, et la pétition publique lancée en décembre, par Tom Zeimet, montre une volonté de changement d'une partie de la population.
«Pour traduire en justice un plus grand nombre d'auteurs de ce type de harcèlement, il est nécessaire de créer une définition juridique (pénale) distincte pour le harcèlement sexuel verbal dans les espaces publics, comme cela a déjà été fait dans un certain nombre de pays européens tels que la France, la Belgique et le Portugal», écrit le pétitionnaire.
Car l'arsenal législatif en la matière s'avère pour le moins léger. Ni le parquet, ni la police n'étaient en mesure de fournir des statistiques précises sur le phénomène. Et ce pour des raisons évidentes: «Le code pénal luxembourgeois ne connaît pas d’infraction spécifique "harcèlement de rue" et ne fait pas de distinction entre des faits qui se sont passés sur la place publique ou bien à l’intérieur d’une habitation», indique à L'essentiel l'autorité judiciaire, qui liste les autres infractions qui pourraient «entrer en jeu»: menace d’attentat, injure délit, injure verbale et harcèlement obsessionnel.
«Cela ne fera qu'augmenter les pouvoirs de la police»
Difficile dans ce contexte d'agir pour la police, qui reconnaît que «toute personne faisant l’objet d’injures ne se manifeste pas nécessairement» tout en livrant une série de recommandations. Parmi elles, «ne pas sortir seule quand il fait nuit», «crier à haute voix en cas d'agression» ou encore «ignorer des propos et comportements provocateurs».
Des conseils bienveillants dont ne peuvent se satisfaire des femmes qui aspirent à plus de tranquillité. Toutes les associations féministes ne sont pourtant pas d'accord avec la nécessité de mettre en place une loi pour punir le harcèlement de rue. C'est notamment le cas de Lëtz Rise Up. Interrogée sur le bien-fondé de cette pétition, la présidente Sandrine Gashonga estime «qu'augmenter les pouvoirs de la police» n'aboutira qu'à «renforcer les violences faites contre des populations qui y sont déjà exposées, c'est-à-dire les hommes et jeunes hommes non blancs, les migrantes et migrants et les travailleurs et travailleuses du sexe, entre autres». La militante féministe et antiraciste considère par ailleurs que l'impact des lois en question a été «marginal» en France et en Belgique.
La pétition mise en place n'a recueilli «que» 124 signatures. Et le gouvernement n'envisage de toute façon pas de légiférer sur le sujet, le ministère de la Justice ayant précisé à L'essentiel que rien de tel n'avait été prévu dans le programme de coalition.
(Thomas Holzer/L'essentiel)