Colombie – «La police, le plus grand agresseur de la presse»
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Colombie«La police, le plus grand agresseur de la presse»

Selon un rapport d’une ONG colombienne, 768 journalistes ont été battus, blessés, voire poignardés l’année passée. En tête des coupables: la police. 

Pour la FLIP, «93% des agressions physiques contre la presse ont eu lieu lors de la couverture des journées de manifestations».

Pour la FLIP, «93% des agressions physiques contre la presse ont eu lieu lors de la couverture des journées de manifestations».

AFP

La violence à l’encontre des journalistes en Colombie a augmenté en 2021, une hausse dont les forces de l’ordre sont les principales responsables en particulier lors des manifestations antigouvernementales du printemps, indique mercredi la Fondation pour la liberté de la presse (FLIP). Selon un nouveau rapport de cette ONG colombienne, 768 journalistes ont subi une agression en 2021.

«La force publique a été le plus grand agresseur de la presse pendant les jours de manifestations et est également devenue le plus grand agresseur de la presse pendant toute l’année 2021», s’est inquiétée la FLIP. Entre avril et juillet, des centaines de milliers de manifestants sont descendus dans la rue pour protester contre la politique du gouvernement conservateur d’Ivan Duque.

«Graves violations» des droits de l'homme

Le mouvement a cristallisé les colères et frustrations de nombreux Colombiens, et a été alimenté par la répression policière. Les violences ont fait au moins 60 morts, selon le bureau du Défenseur du peuple, un organisme public chargé de veiller au respect des droits humains. Selon un récent rapport de l’ONU, qui a confirmé 46 décès, les forces de l’ordre se sont rendues coupables de «graves violations» des droits de l’homme durant toute cette période.

Pour la FLIP, «93% des agressions physiques contre la presse ont eu lieu lors de la couverture des journées de manifestations. Les journalistes ont été poussés, battus à coups de poing et coups de pied, de pierres, de boucliers, et certains ont même été poignardés».

Troisième pays le plus dangereux pour la presse

Selon ce même rapport, les principales atteintes à la liberté de la presse en 2021 dans le pays sont les menaces (172 cas contre 152 en 2020), les agressions physiques (168 contre 30), les entraves à l’accès à l’information (43 contre 31) et le harcèlement (65 contre 40). Depuis la signature de l’accord de paix avec l’ex-guérilla marxiste des FARC en 2016, huit journalistes ont été tués, faisant de la Colombie l’un des rares pays où les meurtres de reporters sont en hausse «contrairement à la tendance mondiale», note la FLIP.

De nombreux groupes armés s’affrontant souvent entre eux pour le contrôle du narcotrafic sévissent dans des régions isolées du pays, où l’on observe une recrudescence des violences. Selon Reporters sans frontières (RSF), la Colombie est le troisième pays le plus dangereux pour les journalistes en Amérique latine, après le Venezuela et le Mexique.

Principale ONG de défense des journalistes en Colombie, la FLIP a également attiré l’attention sur l’«impunité» dans les cas de violence, l’«inefficacité» de l’État pour les prévenir et les effets économiques de la pandémie qui ont mis «en danger l'existence d'un écosystème médiatique pluriel et robuste».

(L'essentiel/AFP)

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