«La première à franchir le mur de Berlin? Pas moi!»

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«La première à franchir le mur de Berlin? Pas moi!»

LUXEMBOURG - Pour la télé française, Claudia Rusch est la première à avoir enjambé le mur de Berlin il y a 20 ans. L'écrivain témoigne, mercredi soir, au Grand-Duché.

À 18 ans, Claudia Rusch a vécu la chute du mur à Berlin. Dans ses livres, elle traite le quotidien en RDA de manière amusante.

À 18 ans, Claudia Rusch a vécu la chute du mur à Berlin. Dans ses livres, elle traite le quotidien en RDA de manière amusante.

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L'essentiel: Pour les Français, vous êtes la première Allemande à avoir franchi le mur. Vous confirmez?

Claudia Rusch: C'est n'importe quoi! Les médias se battent pour m'interviewer et j'en rigole. Mais également parce que les élèves français prennent mon père, un homme simple, pour un héros après avoir lu mon histoire à l'école.

D'où vient le mythe alors?

Le soir du 9 novembre, je fêtais le départ, prévu, d'amis qui voulaient s'enfuir depuis Prague, quand j'ai entendu pour l'ouverture du mur. Sur le coup, je n'ai pas réalisé. Puis, on est partis vers le mur, comme la foule. Ma seule connaissance à Berlin-Ouest, Hervé, était accompagnée par une équipe de télé française qui me filmait en train de franchir un grillage pour le rejoindre.

J’ai passé une soirée inoubliable à Kreuzberg, j’y ai mangé mon premier kebab. Ce fut un choc culturel complet.

Les histoires que vous racontez sur la RDA sont très amusantes. C'est la seule façon de pouvoir en parler?

Non, mais j'ai de l'humour. C'est ma manière de parler de choses très sérieuses.

Des choses qui se comprennent aussi à l'étranger?

Où que j'aille, le public comprend ce que cela veut dire d'aspirer à la liberté quand il n'y en a pas. Même sans avoir la même histoire, on comprend ce sentiment d’impuissance par rapport à un régime.
Ce sont les émotions qui font le lien et je suis convaincue que la littérature doit pouvoir les transmettre.

La chute du mur a vingt ans, vos souvenirs de la vie en RDA aussi. Votre vision de l’Allemagne de l’Est a-t-elle changé?

Certes, j’avais 18 ans à l’époque, aujourd’hui j’en ai 38. C’est une énorme différence, mais mon opinion sur la RDA n’a pas changé.

Il vous arrive d’être nostalgique?

Oui et non. Je déteste cette tendance qu’ont développée beaucoup d’Allemands de l’Est d’être plus que nostalgiques qui idéalisent le bon vieux temps. Pourtant, entre ex-Est-Allemands, nous partageons une même histoire qui nous a marqués. Mais encore aujourd’hui, je fais la différence: quand je tombe sur des Allemands de l’Est, je fais toujours plus attention, je suis plus critique par rapport à leurs opinions politiques. C’est une sorte d’instinct de méfiance que j’ai gardé.

Recueilli par Sarah Brock

Débat à 18h30, à l'abbaye de Neumünster. Entrée libre.

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