Embargo de l'UE – La Russie produit des fromages... sans lait

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Embargo de l'UELa Russie produit des fromages... sans lait

Sous embargo, les producteurs russes manquent de lait et n'ont d'autres choix que d'utiliser des matières premières qui n'entrent d'habitude pas dans la composition du fromage.

La Russie, privée de lait, doit faire avec les moyens du bord.

La Russie, privée de lait, doit faire avec les moyens du bord.

AFP/Olga Maltseva

Comme une torche bien huilée, le fromage blanc se consume lentement dans la cuillère, croustillant et émettant une fumée grise: en Russie, qui a imposé un embargo sur les produits alimentaires européens, la composition de certains produits laitiers a de quoi surprendre. L'expérience, filmée à Saint-Pétersbourg et diffusée en juin par un site d'information local Fontanka.ru, a provoqué une onde de choc dans la société russe. Pour ses auteurs, qui ont procédé à des analyses, la conclusion est simple: certains produits laitiers en vente ne contiennent tout bonnement pas de lait et ne sont «bons que pour remplir des lampes à kérosène».

«Nous avons décidé de montrer que c'était un problème général», explique la journaliste de Fontanka.ru Venera Galeïeva. «Le problème, ce n'est pas un producteur en particulier. Globalement, le problème, c'est que la Russie manque de lait», ajoute-t-elle. Et que les producteurs utilisent du coup des substituants, comme l'huile de palme. Aujourd'hui, les produits laitiers fabriqués sans lait ou les saucisses sans viande préoccupent à la fois le gouvernement et les consommateurs russes, privés des produits occidentaux importés depuis la mise en place en août 2014 d'un embargo alimentaire.

De l'amidon, la craie, le savon, la soude ou encore la chaux

Décrété en réponse aux sanctions économiques occidentales contre Moscou liées à la crise ukrainienne, cet embargo sur les importations agroalimentaires, notamment en provenance de l'UE, a été prolongé par Vladimir Poutine jusqu'à la fin 2017. La Russie a justifié son embargo alimentaire entre autres par une volonté de développer son secteur agricole et son industrie agroalimentaire.

Mais si la fermeture du marché russe pour le brie et le parmesan européens a favorisé le développement d'une industrie laitière nationale, la production du lait n'a pas augmenté. Certains producteurs sont donc obligés de faire preuve de créativité, en induisant souvent les consommateurs en erreur. Vadim Semikine, de l'Institut pour les études du marché agricole, estime le manque à quelque huit millions de tonnes en 2015. En même temps, l'importation de l'huile de palme a augmenté de 25% en 2015, et les producteurs laitiers l'utilisent largement pour substituer le lait, affirme-t-il.

De nombreux producteurs utilisent toute sorte de substituants, de l'eau à «l'amidon, la craie, le savon, la soude ou encore la chaux» pour diluer et conserver le lait, a accusé la semaine dernière Rosselkhoznadzor. Dans 60% de 46 produits laitiers russes testés récemment par cette ONG, des substituts ont été découverts. Même si les sondages récents montrent que la population se rend compte de la détérioration de la qualité des produits, beaucoup de Russes soutiennent toujours l'embargo alimentaire. Ainsi, en juin, 40% des personnes interrogées par le centre indépendant Levada déclaraient être contre la ré-autorisation des produits européens en Russie.

(L'essentiel/AFP)

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