Eurovision – La Russie se sent «volée» après la victoire de l'Ukraine
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EurovisionLa Russie se sent «volée» après la victoire de l'Ukraine

Le triomphe de l'Ukraine à l'Eurovision avec une chanson évoquant la déportation des Tatars de Crimée par Staline a fait grincer des dents dimanche en Russie.

Sergey Lazarev representing Russia with the song "You Are The Only One" performs during the final of the Eurovision Song Contest 2016 Grand Final in Stockholm, on May 14, 2016. / AFP PHOTO / JONATHAN NACKSTRAND

Sergey Lazarev representing Russia with the song "You Are The Only One" performs during the final of the Eurovision Song Contest 2016 Grand Final in Stockholm, on May 14, 2016. / AFP PHOTO / JONATHAN NACKSTRAND

AFP/Jonathan Nackstrand

«L'Eurovision s'est transformée en bataille politique», a résumé sur Twitter Alexeï Pouchkov, le président de la Commission des Affaires étrangères de la Douma, la chambre basse du Parlement. La géopolitique est régulièrement venue pimenter ce concours et avec la Russie et l'Ukraine, pays dont les relations sont chaque jour plus exécrables, qui figuraient toutes les deux parmi les favoris, les conditions étaient réunies pour que cela se répète cette année.

C'est donc sans surprise que les Russes ont vu d'un mauvais œil leur candidat Sergueï Lazarev, en tête chez les parieurs et dans les votes des téléspectateurs, être dépassé par la représentante ukrainienne pour finir à la troisième place. Dans «1944», la chanteuse Jamala, une Tatare de Crimée, évoque la déportation de son peuple par les autorités soviétiques pendant la Deuxième guerre mondiale. La Russie, qui a annexé la Crimée en mars 2014, y avait vu des sous-entendus «politiques» et avait protesté, en vain, contre ce choix. Les Tatars de Crimée, des musulmans, s'opposent aux autorités russes depuis le rattachement à Moscou de cette presqu'île ukrainienne et subissent une forte pression de leur part. L'Ukraine accuse par ailleurs la Russie de soutenir militairement les séparatistes prorusses dans les régions orientales, où le conflit a fait près de 9 300 morts depuis avril 2014, et tendu les relations entre Russes et Occidentaux.

«Mon histoire a été entendue»

«Ce n'est pas la chanteuse ukrainienne Jamala et sa chanson 1944 qui ont remporté l'Eurovision 2016, c'est la politique qui l'a emporté sur l'art», a déclaré aux agences de presse russes le sénateur Frantz Klintsevitch, appelant au boycott par la Russie de la prochaine édition de l'Eurovision, qui sera organisée en Ukraine. La télévision publique russe protestait dimanche contre un résultat «ostensiblement politisé»: elle insistait sur le fait que Sergueï Lazarev était arrivé en tête des suffrages des téléspectateurs, y compris ukrainiens, mais qu'il avait été pénalisé par le vote des professionnels. Plus direct, le journal populaire à grande diffusion Komsomolskaïa Pravda a publié sur son site internet un article intitulé «Comment le jury européen a volé la victoire à Lazarev».

Accueillie à l'aéroport de Kiev par des centaines de personnes scandant «La Crimée, c'est l'Ukraine !», Jamala n'a pas pu retenir ses larmes : le résultat du concours «signifie que mon histoire a été entendue, que l'histoire des Tatars de Crimée a été entendue, que l'histoire de l'Ukraine a été entendue, que la douleur a été entendue». Tout en démentant tout sujet «patriotique» dans sa chanson, la chanteuse de 32 ans a observé que l'Eurovision avait «toujours eu un certain caractère politique, parce qu'il s'agit d'un grand nombre de pays qui se retrouvent sur une seule scène». «Quand tu te produis sous un drapeau, c'est déjà un peu politique, de toute façon», a-t-elle estimé.

Jusqu'à présent, la géopolitique était surtout venue casser l'ambiance de l'Eurovision en amont de la finale. En 2009, les organisateurs avaient refusé la chanson géorgienne «We Don't Wanna Put In», vue comme une critique transparente du président russe Vladimir Poutine. En 2015, ils avaient demandé à l'Arménie de modifier les paroles du titre de sa chanson, allusion trop directe au refus de la Turquie de parler de génocide à propos du massacre d'Arméniens un siècle plus tôt.

(L'essentiel/AFP)

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