Le Luxembourg contre le virus – La tension remonte face aux nouvelles infections

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Le Luxembourg contre le virusLa tension remonte face aux nouvelles infections

LUXEMBOURG - Moins serein et plus sévère que précédemment, le Premier ministre ne peut plus tolérer l’organisation de soirées privées démesurées face au Covid-19.

(de g. à d) Paulette Lenert, ministre de la Santé ;  Xavier Bettel, Premier ministre, ministre d'État

(de g. à d) Paulette Lenert, ministre de la Santé ; Xavier Bettel, Premier ministre, ministre d'État

Jean-christophe Verhaegen

Pressés d’en terminer avant même d’avoir commencé, le Premier ministre Xavier Bettel et la ministre de la Santé Paulette Lenert n’ont pas traîné, ce mercredi à 17h, lors d’une conférence de presse initialement prévue deux heures plus tôt.

Car on le sent, et les derniers chiffres des contaminations au Covid-19, le prouvent, «même si cela reste encore gérable», une tension certaine est réapparue en plus haut lieu suite à un relâchement de la population. Après un long Conseil de gouvernement, les deux ministres avaient visiblement encore du pain sur la planche, au-delà de 18h.

Un chiffre «considérable» de nouvelles infections

Même s’il aimerait pouvoir faire confiance aux gens, «car ils sont la solution», Xavier Bettel a malheureusement dû reprendre un ton beaucoup plus sévère, «car ils sont aussi une partie du problème». De trop nombreuses soirées privées organisées avec plus de 100 personnes, sans respect des règles de distanciation, ont provoqué le retour du virus au sein même de plusieurs entreprises. Les recommandations vont donc s’effacer au profit des obligations. «Et les soirées privées avec plus de 20 invités, c’est terminé!», a martelé le Premier ministre.

«Le virus est de nouveau là dans les stations d'assainissement des eaux,» a regretté Paulette Lenert. «On peut vivre avec, mais cela ne doit pas dépasser les bornes. En une semaine, 146 nouvelles infections, c'est un chiffre considérable. Cela vient des soirées, des fêtes de famille, des barbecues». Et la ministre de la Santé de rappeler que la moyenne d’âge des nouveaux infectés se situe autour de «la petite trentaine»...

La restranscription de l'allocution de Xavier Bettel et Paulette Lenert

«Après avoir fait le point sur la situation lors d'un Conseil de gouvernement, nous estimons qu'ils faut continuer à faire confiance aux personnes», a tout d'abord affirmé Xavier Bettel. «Mais les chiffres nous montrent qu'il y a une évolution. Le nombre de nouvelles contaminations reste stable par rapport à la veille (+46 contre +43 mardi), selon les chiffres du ministère de la Santé. Près de 6 000 tests (5 960) ont été réalisés en l'espace de 24 heures. Le nombre de décès est stable à 110. Il y a donc une augmentation du nombre de nouvelles infections. La priorité, c'est de tout faire pour que les hôpitaux fonctionnent. C'est le cas pour le moment».

Il convient d'anticiper dans une crise pour ne pas avoir le sentiment que l'on fait tout pour passer au-delà de ces chiffres. Les chiffres ne sont pas alarmants, ils sont normaux, mais on doit éviter une situation qui dégénère dans les semaines à venir. Quand les personnes se regroupent, des soirées sont organisées, devant les cafés, certaines obligations ne sont pas respectées. La limitation restera à minuit pour les cafés.

«Le citoyen est une partie de problème»

On va travailler sur un nouveau texte pour les événements de plus de 20 personnes, compte tenu des soirées privées où les gestes barrières ne sont plus respectés. On va mettre des obligations et non plus des recommandations. Cela a été accepté par le Conseil d'État. Cela ne veut pas dire que l'on ne peut plus rien faire, mais il faut arrêter de faire des soirées de 50 ou 100 personnes où l'on ne peut pas respecter la distanciation. Dans les transports publics, on doit également rappeler que c'est obligatoire de porter son masque.

Il sera désormais obligatoire de porter un masque dans un endroit où l'on accueille du public. On va également donner plus de moyens pour augmenter l'efficacité du tracing. Les chiffres ne sont pas alarmants, mais il faut faire attention et respecter les règles dans l'intérêt de tout le monde. Les personnes infectées sont désormais plus jeunes, contrairement au début de la crise du Covid-19. Si une personne vulnérable est contaminée, tout le monde connaît les conséquences. La confiance, c'est bien, mais là, on s'est fixé des règles que les gens n'ont pas respectées. Ce n'est pas acceptable d'organiser des soirées avec 100 et 200 personnes dans des milieux fermés, comme on a pu le constater. Les citoyens sont une partie du problème.

«En une semaine, 146 nouvelles infections, c'est un chiffre considérable»

«Nous devons anticiper avant une augmentation des chiffres», a rappelé Paulette Lenert, ministre de la Santé. «Là, peu de personnes sont dans les hôpitaux, mais les conséquences seront mesurées plus tard. Quand on est passé de 11 à 22 puis à 43 contaminations, on ne peut pas ignorer qu'il y a eu un relâchement. Les gens ont été infectés lors de soirées privées, et les infections ont été ramenées sur les lieux de travail. Le testing à grande échelle ne représente que 10% des cas positifs. Le virus circule à nouveau, on le voit. La majeure partie des cas chez les médecins sont des cas symptomatiques».

«Le virus est de nouveau là dans les stations d'assainissement des eaux,» a regretté Paulette Lenert. On peut vivre avec, mais cela ne doit pas dépasser les bornes. En une semaine, 146 nouvelles infections, c'est un chiffre considérable. On a identifié un foyer d'infections avec 24 personnes contaminées. Pour le reste, ce sont des cas isolés. Dans une entreprise, on a remarqué 5 cas positifs, mais c'est une situation facile à gérer. Dans une autre entreprise plus grande, on a remarqué 10 personnes infectées. Cela vient des soirées, des fêtes de famille, des barbecues... Cela illustre comment on peut ramener rapidement le virus à l'intérieur de son entreprise.

«La moyenne d'âge des nouvelles infections est la petite trentaine»

Dans les écoles, on peut contenir les effets. 4 infections dans une école, c'est gérable, c'est un mini-cluster et cela ne doit pas nous inquiéter tant que l'on peut retrouver les traces des proches. À l'aéroport, ce n'est pas trop alarmant, c'est facile de retracer au niveau des derniers vols. C'est encore gérable. Le bon donné aux personnes est utilisé et les gens montrent de l'intérêt pour le testing. Ce qui est dangereux et difficile, c'est quand les personnes ne savent pas où elles ont été infectées.

Au niveau des nouveaux cas, un serveur a été en contact avec une cinquantaine de personnes, un photographe a eu de nombreux contacts également, mais ce sont des cas isolés. Certains cas sont dus à un manque de sensibilisation. On doit encore expliquer les gestes barrières. Et on les répétera durant l'été, car si les gens ne savent pas comment le virus se propage, ils ne savent pas comment se protéger. La moyenne d'âge des nouvelles infections est la petite trentaine. Ils ne sont pas vulnérables. Mais une fois par semaine, on doit faire un rapport analytique des nouvelles infections. Ces deux derniers jours, les hospitalisations ont augmenté et on doit avoir cette augmentation à l'oeil. Le vrai problème est dans le contexte privé. Dans le monde du travail, cela fonctionne bien avec les entreprises qui font preuve de discipline.

«Il faut rapidement couper la chaîne d'infection»

Les gens ne respectent pas les règles dans la sphère privée. Dans la normalité, on est mis au défi de faire attention à nous et aux autres. Nous allons maintenir notre stratégie de tests. Le testing à large échelle va continuer. 15% de la population a été testée lors de la première phase. Pour la 2e phase, on va agir de manière plus ciblée. Nous testons beaucoup et nous avons moins de décès. C'est une corrélation que nous remarquons également à l'étranger. Il faut se faire tester, ça vaut la peine et cela nous aide à faire du monitoring.

Quatre grands axes pour les prochaines semaines. 1. Les groupes critiques (personnes vulnérables, le personnel de la santé). 2. Les personnes qui entrent dans le pays, avec le projet initié à l'aéroport. On va peut-être l'élargir à d'autres endroits. 3. On va répartir la population en petits groupes pour avoir un aperçu général des infections dans la population. 4. L'axe cluster d'urgence, ce que l'on fait aujourd'hui, quand il y a un problème quelque part pour réagir le plus vite possible et couper la chaîne d'infection rapidement.

« Tout doit rester gérable»

Les tests actuels ne sont pas les plus agréables et il y aura du changement dans un avenir proche. Nous pouvons accompagner les cas identifiés qui sont des multiplicateurs potentiels. Le tout, c'est d'arriver à les gérer au niveau de la quantité. Si vous savez qui vous avez vu, c'est gérable, mais pas dans le cas contraire. Les services existent, la balle est désormais dans le camp de chacun pour que tout puisse rester gérable.

Les questions de la presse

L'état de crise est terminé et vous proposez un pas en arrière?
L'état de crise ne doit pas être permanent, car les institutions doivent fonctionner. Nous travaillons sur des textes à déposer dans les plus brefs délais. Le Conseil d'État doit comprendre que s'il y une opposition formelle, on ne pourra pas faire ce texte. Certaines choses doivent être traitées de manière raisonnable. On veut éviter les soirées de 300 personnes. Je sais que l'on aime célébrer, mai si l'on ne respecte pas les règles, c'est un manque de solidarité. On doit se donner soi-même ces restrictions et j'espère que le Conseil d'État donnera rapidement son avis.

Nos chiffres ne sont pas tranquillisants. Si cela se stabilise, ce n'est pas un problème, mais on ne peut pas nier qu'il y a une augmentation des cas.

Combien de personnes s'occupent du tracing?
On est bien préparés. On a une série de lignes de réserve avec des volontaires qui sont formés. La 3e ligne est déjà activée et 100 personnes peuvent déjà être rapidement opérationnelles.

On teste beaucoup et on est en dessous d'un ratio d'1%. La situation est différente par rapport aux pays qui n'ont pas de tests.

Les capacités maximales par jour et par semaine: 53 000 tests, c'est une moyenne pour planifier. Difficile de dire quelle sera la tendance d'ici un mois.

L'ouverture des crèches?
Plus de normalité a été décidée par le gouvernement, ce mercredi matin et on communiquera à ce propos d'ici peu. Comment faire pour avoir une normalité? Le ministre de l'Éducation va réagir la semaine prochaine.

Au niveau des sanctions, le texte n'est pas finalisé. Dans les prochains jours, ce sera fait. Le but est d'avoir des sanctions en cas de non-respect. Si vous prenez un café avec un service à table, il ne faut pas servir quelqu'un qui est debout. Si on enlève l'autorisation à un café, on pourrait aller jusqu'à la fermeture, mais ce n'est pas le but. Nous ne voulons pas un État de délation.

Des gens nous ont dit que l'on pouvait faire ce que l'on veut dans une soirée privée. Cela s'est passé aussi dans un bistrot et c'est irresponsable. Celui qui fait une erreur sera sanctionné par la police, mais nous ne voulons pas être dans un État de délation. Ce n'est pas pour embêter les organisateurs.

Le plus grand cluster, c'est 24 personnes dans une soirée. Ce n'est pas pour rien que je cite ce cas. Il n'y a pas de grands clusters.

Quid de l'application de tracing?

Lorsqu'il y aura une solution européenne au niveau de l'application, ce sera un plus. Cette promptitude des autres pays à faire une application, ce n'est pas notre mode de fonctionnement ici, au Luxembourg.

(L'essentiel)

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