«La vengeance répond à la vengeance»
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«La vengeance répond à la vengeance»

LUXEMBOURG - Les récents événements tragiques d'Esch font craindre une escalade dans la vengeance.

Selon Fari Khabirpour, les messages d'apaisement lancés par les amis d'Elvis peuvent se révéler très constructifs. (editpress)

Selon Fari Khabirpour, les messages d'apaisement lancés par les amis d'Elvis peuvent se révéler très constructifs. (editpress)

L'Essentiel: Quels sont les mécanismes psychologiques de la vengeance?

Fari Khabirpour, directeur du centre de psychologie du ministère de l'Education nationale: C'est souvent quelque-chose de beaucoup plus profond qu'une réaction à un événement comme celui d'Esch. À un niveau psychologique, un enfant qui n'a pas eu de réponse à ses appels d'amour et n'a pas trouvé sa place va réagir par la vengeance, une fois devenu adolescent. Il développe une vue très négative de son entourage et des gens de la société en général, de ses normes. Tout cela est perçu comme des ennemis, car au moment où il a fait cet appel d'être accepté, l'enfant a eu le sentiment que cet appel n'a pas trouvé de réponse. Il se venge donc en se disant "si tu ne m'aimes pas, je ne t'aime pas non plus et je ne t'accepte pas". La vengeance et l'amour sont très proches, dans ce contexte. Elle débute souvent par une réaction contre l'autre qui n'a pas aimé.

Ça ouvre la porte à l'escalade...

Oui, c'est un cercle très vicieux, la vengeance répond à la vengeance, sans qu'on puisse en sortir. C'est un peu comme ce qui se passe entre Israël et la Palestine... La vengeance se nourrit d'elle-même. Souvent, en tant qu'adolescent, les jeunes joignent d'autres adolescents qui ont vécu des situations similaires. Il se créé alors une bande, un groupe, au sein duquel la solidarité est très importante, et au sein duquel les jeunes se sentent respectés, aimés. Mais tout ce qui est en dehors de ce groupe est détesté, considéré comme ennemi, avec cette notion de vengeance contre celui qui n'a pas consenti à donner son amour, toujours avec cette notion de vengeance.

Ils sont constamment en train de se venger contre un monde considéré comme injuste. Ce n'est donc pas quelque chose qui se met en route tout d'un coup, c'est bien plus profond qu'une réaction à un événement et cela se manifeste tout le temps très fort. Les autres sont des personnes qui ne nous acceptent pas, ne nous aiment pas, donc nous devons nous venger d'eux.

Comment en sortir?

Il faut qu'un des groupes ou une des personnes ait une prise de conscience, se dise "ce n'est pas ce que je veux, je ne veux pas vivre en réaction à l'autre". Il faut qu'une des parties ne réagisse plus ce qui est très difficile à atteindre. Il faut que quelqu'un décide de ne plus réagir, mais d'agir, de ne plus être dépendant de l'autre, puisque quand on réagit, on est dans la dépendance de l'action de l'autre.

Cette prise de conscience individuelle passe souvent par une thérapie dont le but est de mettre la personne face au fait qu'il subit, mais aussi développer chez elle la compétence d'empathie, à savoir mettre l'agresseur dans la position de la victime, car souvent l'autre est très loin, l'autre est simplement celui qu'il faut détruire. Mais souvent, ils ne veulent pas être aidés, jusqu'à ce qu'ils atteignent un degré de souffrance tel qu'ils se disent "maintenant, il faut que je change quelque chose".

Que peuvent apporter les messages d'apaisement lancés par les amis d'Elvis?

Dans ce contexte, les messages d'apaisement lancés par les amis du jeune tué peuvent beaucoup aider, au lieu de provoquer de nouvelles réactions de vengeance. Cela peut être une rupture de la chaîne de vengeance. Mais le changement de comportement ne se fera pas en profondeur avec des appels à l'apaisement. Ils peuvent se calmer mais cela reste extérieur. Le problème fondamental est toujours là et une petite provocation peut suffire à remettre le feu aux poudres. Ils sont très sensibles aux regards qui se portent sur eux.

recueilli par Jérôme Wiss

Poignardé à mort

Elvis, 18 ans, a été poignardé à mort, vendredi dernier, vers 22 h 10, aux abords de la gare d'Esch-sur-Alzette après une dispute avec deux autres jeunes qui l'avaient agressé verbalement. Les deux suspects se sont enfuis, mais l'un d'eux, âgé de 20 ans, s'est ensuite rendu à la police. Il semble qu'il soit l'auteur du coup de couteau mortel. Mardi, des amis d'Elvis se sont rassemblés pour lui rendre hommage et apaiser les consciences. Ils appellent à une marche souvenir qui partira demain soir, à 22 h, de la Maison des jeunes d'Esch, rue Zenon-Bernard, pour aller jusqu'aux abords de la gare, où Elvis a perdu la vie. Dans un communiqué daté d'hier, la MJ d'Esch appelle aussi à l'apaisement, rappelant qu'elle est un lieu «pour rapprocher les jeunes de différentes cultures, nationalités et classes sociales».

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