Complotisme – L’Allemagne veut sévir contre Telegram
Publié

ComplotismeL’Allemagne veut sévir contre Telegram

Berlin souhaite discipliner la messagerie cryptée très prisée des mouvements antivaccins, en la forçant à supprimer les messages haineux sous peine de fortes amendes.

La messagerie Telegram est dans le viseur des autorités allemandes.

La messagerie Telegram est dans le viseur des autorités allemandes.

AFP

Propagation des théories complotistes voire appels au meurtre: la messagerie cryptée Telegram, particulièrement prisée des mouvements antivaccins, est dans le viseur des autorités allemandes qui l’accusent de ne pas agir contre la diffusion des propos haineux. Les opposants à la vaccination contre le Covid-19 sont mobilisés depuis des semaines en Allemagne où ils manifestent régulièrement dans tout le pays lors de rassemblements parfois accompagnés d’incidents.

La tension risque de montrer encore d’un cran alors que la question de la vaccination obligatoire, soutenue par le chancelier Olaf Scholz mais qui divise la société, arrive mercredi après-midi au Bundestag, le parlement allemand. Dans ce contexte électrique, les «propagateurs de haine» sont dans le viseur du gouvernement et plus particulièrement la messagerie cryptée Telegram.

Menace d'amendes

«Nos lois s’appliquent aussi à Telegram», sous peine d’amendes de plusieurs millions, a averti le ministre de la Justice, Marco Buschmann. La ministre de l’Intérieur, Nancy Faeser, veut présenter d’ici à Pâques un plan d’action visant à obliger la plateforme à supprimer les messages haineux et à identifier leurs auteurs. Certains groupes de discussion «d’anti-vax» réunissent jusqu’à 200 000 personnes, selon un décompte de l’AFP.

Faute de coopération, la ministre n’exclut pas l’interdiction pure et simple de l’application en Allemagne. Avant cela «toutes les autres options doivent avoir échoué», a-t-elle précisé, reconnaissant qu’une coopération européenne était nécessaire sur ce sujet sensible.

«Libres penseurs»

L’Allemagne a voté en 2017 une loi controversée renforçant son arsenal contre les menaces sur internet: elle oblige depuis les réseaux sociaux tels que Facebook et Twitter à supprimer les contenus délictueux et à les signaler à la police en vue d’éventuelles poursuites. Facebook avait ainsi annoncé en septembre la suppression de comptes, pages et groupes liés au groupuscule des «libres penseurs» en Allemagne, une mouvance hostile aux restrictions destinées à lutter contre le Covid-19.

Mais «Telegram ne coopère pas avec les autorités judiciaires ou de sécurité, même pas sur des sujets indiscutablement punissables et répréhensibles comme la pornographie enfantine», ajoute Mme Rafael, estimant que «cela prive l’État de toute capacité d’action». De nombreuses demandes de suppressions de contenus envoyées par l’Office fédéral de la police criminelle allemande (BKA) à la plateforme sont restées jusqu’ici lettre morte.

Une autre possibilité serait d’exiger de Google ou Apple de la retirer de leur catalogue de téléchargement. Toutefois, cela n’affecterait pas les utilisateurs possédant déjà l’application. Pour Mme Rafael, la seule façon de venir à bout du service est de l’interdire complètement en Allemagne. Ce serait alors le premier pays occidental à opter pour une telle mesure radicale. Des interdictions et des réglementations contre Telegram existent déjà en Chine, Inde ou Russie.

(L'essentiel/afp)

Ton opinion