Affrontements violents – Le 1er Mai dégénère sur la place Taksim

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Affrontements violentsLe 1er Mai dégénère sur la place Taksim

Des affrontements ont opposé jeudi à Istanbul la police turque aux manifestants qui voulaient célébrer la fête du travail sur la place. 142 personnes ont été interpellées et 90 blessées.

Dès le début de la matinée, les forces de l'ordre ont dispersé sans ménagement avec des canons à eau et des gaz lacrymogènes plusieurs groupes de centaines de personnes, militants syndicaux ou de partis d'opposition, venus défier les ordres du Premier ministre islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan. Les échauffourées se sont poursuivies pendant une partie de la journée dans les rues menant à Taksim, opposant la police à quelques centaines de jeunes, pour la plupart issus de groupes d'extrême gauche. Le calme était largement revenu en fin d'après-midi dans les rues d'Istanbul. Selon le gouverneur d'Istanbul, 142 personnes ont été interpellées et 90 blessées, pour l'essentiel légèrement, dont 19 policiers.

Dans la capitale Ankara, les forces de l'ordre ont aussi fait usage de canons à eau et de grenades lacrymogènes pour repousser des centaines de personnes qui marchaient vers la place Kizilay, théâtre traditionnel des protestations contre le régime islamo-conservateur qui domine le pays depuis 2002. «Ce gouvernement se comporte comme dans la pire dictature», a déploré Mahmut Tanal, un député stambouliote du principal parti d'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP), rudoyé lors d'une des charges de la police.

Quelque 40 000 policiers et une cinquantaine de canons à eau ont été mobilisés dans la seule ville d'Istanbul, selon les médias turcs, pour faire respecter le périmètre de sécurité autour de la place Taksim, transformée en camp retranché. «Ce qui aurait dû être une manifestation pacifique sur la place a été interdit: une nouvelle atteinte à la liberté d'expression et de réunion en Turquie», a déploré Andrew Gardner, de l'ONG Amnesty International. Les transports en commun ont été suspendus la majeure partie de la journée, de même que les navettes de bateau qui relient les rives européenne et asiatique de la plus grande ville de Turquie, où vivent plus de 15 millions d'habitants.

«Il faut renoncer à jouer aux enfants gâtés»

Il y a un an, les célébrations du 1er mai avaient déjà été l'occasion de violents incidents autour de la place Taksim, alors fermée pour cause de travaux d'aménagement. Depuis la fronde qui a fait vaciller son pouvoir en juin dernier, M. Erdogan a systématiquement interdit tout rassemblement sur cette place. La semaine dernière, il avait mis en garde les syndicats. «N'ayez aucun espoir pour Taksim (...) allez manifester dans d'autres endroits d'Istanbul», avait lancé le chef du gouvernement, «il faut renoncer à jouer aux enfants gâtés».

Les autorités turques ont justifié leur interdiction en agitant la menace de violences de la part d'«organisations terroristes illégales», pointant du doigt le mouvement de l'imam turc Fethullah Gülen, en guerre ouverte avec le régime depuis des mois. Mais les syndicats ont maintenu leur mot d'ordre de marcher sur Taksim, qu'ils considèrent comme un symbole des luttes sociales dans le pays.

(L'essentiel/AFP)

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