Drogues – Le cannabis se cultive aussi en Europe

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DroguesLe cannabis se cultive aussi en Europe

Alors que des pays choisissent de dépénaliser l'herbe et le cannabis, quelques chercheurs étudient la mutation de ce marché.

Toléré dans certains pays, interdit dans d'autres, le cannabis fait toujours autant débat. (AFP)

Toléré dans certains pays, interdit dans d'autres, le cannabis fait toujours autant débat. (AFP)

Tom Decorte, professeur de criminologie à l'Université de Gand, en Belgique, mène une étude sur la production de cannabis.

L'essentiel: Sur quoi porte votre étude?

Tom Decorte: Nous cherchons à mettre en lumière les différents types de production de cannabis en Belgique: du simple usager cultivateur au producteur à grande échelle. On a l'image de grands réseaux criminels, qui importent les produits du Maroc. Mais la réalité semble bien différente. La drogue consommée localement est de plus en plus produite en Europe, contrairement aux idées reçues.

Dans quelles proportions?

C'est notamment ce que nous essayons de savoir via cette étude. En fait, l'estimation est compliquée... Mais en Grande-Bretagne, par exemple, de 50 à 70% de la drogue consommée proviendrait du territoire européen. On peut imaginer des chiffres similaires pour les autres pays.

Pensez-vous que l'heure de la dépénalisation a sonné?

Les politiques répressives ont montré toute leur inefficacité. Surtout, elles ont rendu ce marché totalement incontrôlable, tant au niveau de la qualité des produits que de leur prix. Cela dit, il s'agit de ne pas copier les modèles belge ou néerlandais.

Pour quelles raisons?

Si les personnes ont le droit de consommer et même de posséder une certaine quantité d'herbe, la provenance de la drogue n'est soumise à aucun contrôle... C'est toute l'inconsistance de ce système.

Ne risque-t-on pas de pousser les consommateurs vers les drogues dures en dépénalisant les drogues douces?

Non, les expériences des pays qui ont dépénalisé prouvent le contraire. Le fait de dépénaliser les drogues douces n'entraîne en rien une augmentation des consommations de drogues dures. Preuve que les consommateurs font la différence.

Recueilli par Thomas Holzer

Pour son étude, Tom Decorte recherche des cultivateurs ou anciens cultivateurs francophones résidents en Belgique. La participation est anonyme et confidentielle.

www.cultiverducannabis.be

La demande reste stable

D'après l'étude annuelle de l'Observatoire européen des drogues et des toxicomanies, la consommation de cannabis a peu évolué cette année. 23 millions des Européens entre 15 et 64 ans en auraient fumé au cours de l'année. Dans le même temps, trois millions seraient des consommateurs réguliers. L'étude confirme, en outre, les propos de Tom Decorte évoqués ci-contre et constate un «remplacement des importations», le cannabis produit en Europe se substituant aux produits importés.

2 milliards

Deux milliards de dollars (1,57 milliard d'euros), c'est ce que représente le marché du cannabis outre-Atlantique, selon See Change Strategy, un cabinet d'études. En 2016, il pourrait atteindre 9 milliards de dollars si d'autres États américains décidaient d'autoriser sa consommation.

Au Luxembourg, pas de légalisation

32% des Européens entre 15 et 34 ans avouent avoir consommé du cannabis au moins une fois dans leur vie. De quoi se poser la question de la légalisation? Au Luxembourg, le gouvernement a tranché: la dépénalisation n'est pas prévue au programme de la coalition.

Un mot d'ordre qui ne plaît pas à Déi Gréng, partisans d'une évolution de la loi: «Nous souhaitons que l'usage et la détention de cannabis en quantité raisonnable soient autorisés», explique Josée Lorsché, la députée chargée du sujet chez les Verts.

Un avis partagé par Jean Colombera. Le député de l'ADR aura d'ailleurs l'occasion de préciser ses convictions devant la justice. Le 26 novembre prochain, le médecin passera en effet devant le tribunal correctionnel de Diekirch pour infraction à la législation sur les stupéfiants. Il est accusé d'avoir prescrit du cannabis à certains de ses patients. Un procès que regrette le député: «L'usage thérapeutique se fait à l'étranger, donc pourquoi pas au Luxembourg?», pointe-t-il. Et Jean Colombera d'ajouter: «Un médecin a pourtant le droit de prescrire du cannabis dans des circonstances exceptionnelles! Je me suis simplement contenté de faire mon métier. S'il est bien dosé, le cannabis est totalement anodin, et moins dangereux que certains médicaments».

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