Affaire «French Bukkake» – Le consentement dans le porno: notion abstraite

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Affaire «French Bukkake»Le consentement dans le porno: notion abstraite

Huit personnes sont poursuivies pour «viols», «proxénétisme» ou «traite d’êtres humains» dans une affaire judiciaire qui dure depuis un an.

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Getty Images/iStockphoto

Depuis un an, une affaire judiciaire exceptionnelle contraint le porno français à réagir et à changer ses pratiques, une étape difficile pour un milieu où le consentement est une notion parfois abstraite. Huit personnes sont poursuivies pour «viols», «proxénétisme» ou «traite d’êtres humains». Au cœur de l’affaire, le site French Bukkake, qui propose des vidéos extrêmement violentes mettant en scène des jeunes femmes faisant souvent leurs débuts dans l’industrie.

Ce serait la première fois en France que des acteurs pornos sont poursuivis pour «viol», indiquait une source proche du dossier cet automne. Le quotidien Le Monde a sorti mi-décembre un dossier consacré aux pratiques de rabattage menées pour convaincre de jeunes femmes précaires ou fragiles de tourner des vidéos.

Professionnels ou amateurs: quelle différence?

Les réalisateurs leur imposaient au dernier moment de multiples partenaires et des pratiques violentes non consenties. «Affreuses», ces méthodes sont néanmoins «banales dans le porno amateur ou dans la zone grise», explique le sociologue Alexandre Duclos qui a participé à une enquête financée par la société de production Dorcel. «Les producteurs ne se soucient pas des conditions dans lesquelles des réalisateurs free-lance tournent des films qu’ils diffusent ensuite», ajoute-t-il.

C’est un sujet qui fâche dans l’industrie du porno: la distinction entre «professionnel» et «amateur». Aussi bien Dorcel que «Jacquie et Michel», incarnation du «porno amateur», ont recours à des fournisseurs, en plus de leurs équipes, pour produire leurs contenus. Pour le journaliste Robin d’Angelo, cette distinction ne tient pas: «Des mêmes équipes travaillent alternativement pour des sites amateurs et des sites professionnels comme Dorcel.»

Pour le sociologue Florian Vörös, spécialiste des porn studies (études universitaires sur le porno), l’affaire judiciaire en cours montre que «les personnes présentées par un discours marketing comme des amateurs sont en réalité des professionnels». Selon Liza Del Sierra, star du X ayant enquêté sur le milieu, la différence entre le milieu amateur est qu’il «agit par ruse», alors que le milieu professionnel est «un monde du travail comme un autre».

Des chartes «éthiques»

Lorsque l’affaire «French Bukkake» devient publique en 2020, ces deux maisons de production s’engagent à publier des chartes «éthiques» et «déontologiques». «Jacquie et Michel», actuellement sous le coup d’une enquête pour «viols» et «proxénétisme», livre la sienne dès novembre 2020.

Dorcel publie sa charte en avril 2021, après avoir financé une enquête de quatre mois auprès de 31 personnes – acteurs, réalisateurs, techniciens, producteurs, etc. – du secteur. Le but? Produire un «jalon» qui encourage la profession à adopter des «pratiques éthiques», explique Grégory Dorcel, à la tête de Dorcel.

La charte promeut la signature, avant le tournage, d’un contrat précisant salaire, pratiques et partenaires, le contrôle des maladies sexuellement transmissibles, l’accès à des préservatifs et des produits d’hygiène ainsi que la présence sur le plateau d’un «tiers de confiance» – une personne extérieure à la production qui accompagne les actrices.

Un porno éthique?

Des réalisatrices de «porno éthique», comme la productrice Carmina ou Olympe de G., voient dans cette charte un «mieux». «Mais pourquoi Dorcel a attendu 2021 et ces affaires pour faire une charte éthique?», interroge Carmina.

Le «porno éthique», minoritaire dans l’industrie, est fondé sur «le respect de toutes les personnes qui travaillent sur le film, en amont et jusqu’à la diffusion de celui-ci», explique-t-elle. «Tout est discuté avant chaque scène», développe Anoushka, productrice et réalisatrice. Olympe de G. assure «faire extrêmement attention à ce que chacun connaisse ses limites et soit capable de les exprimer».

«À présent, le porno connaît les mêmes changements que le sport ou Hollywood: les acteurs vont savoir qu’ils ne sont pas obligés de se laisser faire», renchérit de son côté Carmina.

(L'essentiel/afp/mat)

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