Carnet noir: Le dessinateur Jean-Jacques Sempé est décédé

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Carnet noirLe dessinateur Jean-Jacques Sempé est décédé

Notamment connu pour ses illustrations des aventures du «Petit Nicolas», le dessinateur français Jean-Jacques Sempé est mort à l’âge de 89 ans jeudi.

Jean-Jacques Sempé, à Paris le 18 juin 2014.

Jean-Jacques Sempé, à Paris le 18 juin 2014.

AFP

Après René Goscinny, le «Petit Nicolas» perd son deuxième papa: le dessinateur français Jean-Jacques Sempé, connu également pour ses dessins de presse humoristiques, notamment dans le prestigieux New Yorker, est décédé jeudi à l’âge de 89 ans. Sa disparition a été annoncée par son épouse Martine Gossieaux Sempé.

«Le dessinateur d’humour Jean-Jacques Sempé est décédé paisiblement ce soir (…) dans sa résidence de vacances, entouré de sa femme et de ses amis proches», a également indiqué Marc Lecarpentier, son biographe et ami.

Nombreux hommages

Grand maître français de l’humour et de la poésie, mélange de dérision et de modestie, Sempé a tracé depuis les années 1950 jusqu’à aujourd’hui une œuvre pleine de bonhomie: des dessins pour le New Yorker, Paris Match ou L’Express aux albums du «Petit Nicolas».

Sempé a été l’un des artistes les plus sollicités par le New Yorker avec une centaine de couvertures dessinées de sa main. Commencée en 1978, sa collaboration avec le célèbre magazine américain s’est poursuivie jusqu’en 2019. L’annonce de sa disparition a provoqué de nombreux hommages et réactions, dans les sphères politiques, économiques, médiatiques et artistiques, aussi bien en France qu’à l’étranger.

«La tendre ironie, la délicatesse de l’intelligence, le jazz: nous ne pourrons pas oublier Jean-Jacques Sempé. Son regard et son crayon vont cruellement nous manquer. Du Petit Nicolas en passant par Monsieur Lambert, jusqu’aux promeneurs de Saint-Germain-des-Prés, il avait l’élégance de toujours rester léger sans que rien ne lui échappe», a écrit le président Emmanuel Macron dans un message sur Instagram, accompagné du dernier dessin publié de l’artiste.

«Sempé, c’était le dessin, c’était le texte. C’était le sourire et la poésie. C’était parfois la larme à l’œil de rire, ce soir, elle est d’émotion. Mes pensées vont à sa famille et à ses proches», a réagi la Première ministre Élisabeth Borne, sur son compte Twitter, à l’unisson de plusieurs membres du gouvernement.

«Sempé n’est plus là, mais ses dessins resteront intemporels. Ils m’ont accompagnée à Beyrouth, à Paris, à New York», a tweeté la ministre française de la Culture Rima Abdul Malak. «Avec tendresse, poésie et malice, un humour qui se déplie à l’infini et une liberté absolue, il nous a appris à regarder le monde avec un regard d’enfant.» Quant à Joann Sfar, l’auteur du «Chat du Rabbin», c’est en dessin qu’il a rendu hommage à l’un des maîtres du genre: «Sempé est mort. C’est la première fois que j’ai la certitude qu’un Dieu est au ciel», a-t-il écrit.

«Débuts horribles»

Né en 1932 à Pessac, près de Bordeaux, le dessinateur a publié une cinquantaine d’albums dans sa carrière, «Saint-Tropez», «Tout se complique» et surtout le «Petit Nicolas», vendu aujourd’hui à quelque 15 millions d’exemplaires.

Enfant naturel, battu et bègue, Sempé n’a pas vraiment eu l’enfance de son héros Nicolas qu’il fait grandir avec Goscinny dans une France idéalisée des années 1950. Livreur de vin après avoir arrêté l’école à 14 ans, il vend ses premières planches en 1950 à Sud Ouest qu’il signe «DRO» (de to draw, dessiner en anglais). Depuis le «Petit Nicolas» qu’il crée en 1959 avec René Goscinny (disparu en 1977), Jean-Jacques Sempé a publié quasiment un album par an et signé une centaine de unes dans la presse.

Un autobus sur un pont traversant la Seine de nuit, des musiciens, des cyclistes, un cracheur de feu, des scènes à Central Park ou au Jardin du Luxembourg… Dans chacune de ses œuvres, on retrouve ses thèmes de prédilection: la petitesse de l’homme dans la nature, sa solitude dans la ville, ses disputes, ses ridicules et ses ambitions démesurées, les limites de l’esprit d’équipe.

Dans son dernier dessin, paru dans le numéro du 4 au 10 août de Paris Match et qui croque un peintre en plein exercice dans un décor champêtre, Sempé avait écrit: «Pense à ne pas m’oublier». Une œuvre ultime aux allures d’adieux prémonitoires.

(AFP)

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