Soupe de langues – Le français à la sauce luxembourgeoise

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Soupe de languesLe français à la sauce luxembourgeoise

LUXEMBOURG - Parlé par plus de 200 millions de personnes dans le monde, le français n’est pas le même à Paris qu'au Luxembourg. La preuve par les mots avec un professeur de l’Uni…

Le pays partage des frontières avec la France, la Belgique et l’Allemagne, une spécificité qui a des conséquences sur la langue française.

Le pays partage des frontières avec la France, la Belgique et l’Allemagne, une spécificité qui a des conséquences sur la langue française.

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«Chéri bouge pas, je vais déposer ma poche à la garde-robe». Au Luxembourg, voilà ce que pourrait dire une femme à son mari dans un théâtre. Une parisienne dirait plutôt: «Chéri bouge pas, je vais déposer mon sac à main au vestiaire». Des luxembourgismes de ce type il y en a quelques-uns au Luxembourg. Mais ils ne sont pas seuls, ils cohabitent avec leurs autres collègues en -isme: les germanismes et les belgicismes. On vous a perdu? Pas de panique, Frank Wilhelm, professeur émérite de littérature française à l'Uni, vient à la rescousse.

Les luxembourgismes sont «des mots luxembourgeois importés en français». Les germanismes sont des mots ou tournures allemandes «importés en luxembourgeois puis traduits en français» (comme l’illustre l’exemple du début, «garde-robe» signifiant vestiaire en allemand). Les belgicismes, eux, sont «issus du flamand et transposés dans la langue de Molière». Dans un pays qui partage des frontières avec la France, la Belgique et l’Allemagne et qui reconnaît trois langues, il est parfois difficile de distinguer les trois.

Un certain nombre de luxembourgismes sont aussi des belgicismes (partir à la pension, une ASBL, kermesse, farde, etc) tandis que d'autres se rencontrent même plus loin. C'est le cas du verbe toquer (comme dans «toquer à la porte») ou goûter («ça goûte le brûlé») qui se retrouvent également au Québec, en Louisiane ou encore au Burundi. Le professeur Wilhelm, qui n’a pas sa langue dans sa poche, a fait le tri pour L'essentiel Online. Petit florilège de ces expressions françaises que l’on entend au Luxembourg et un peu au-delà...

«J’ai un quartier à la côte belge». Cette expression peut se «traduire» par «j’ai un appartement à la côte belge».

«Je vais visiter ma tante». En "bon français" (si tant est qu’il y en ait un) on dirait: «Je vais rendre visite à ma tante» et «je vais visiter le Mudam».

«J’ai fait monter un nouveau changement sur mon vélo». Le «changement» étant le dérailleur.

«J’ai eu difficile à me garer» qui veut dire «j’ai eu des difficultés à me garer». Cette expression est un germanisme. C’est une tournure de phrase allemande importée en français. Tout comme le traditionnel «tu viens avec» que toute personne résidant au Luxembourg apprend très vite à maîtriser. Un parisien dirait plutôt: «Tu viens avec moi?»

«Tu veux manger du poulet ou du poisson?». Au Luxembourg on répondrait par un luxembourgisme à cette question et on dirait alors: «C’est égal». Nos profs de français voudraient certainement qu’on réplique: «Ça m’est égal».

Un professeur du lycée Aline Mayrisch pourrait expliquer: «Les élèves seront congédiés après les cours». Congédier signifiant «libérer». En France, lorsque l’on congédie quelqu’un c’est rarement présage de libération pour lui!

Pour ranger une liasse de papiers, au Luxembourg (et en Belgique) on utilise une «farde». Ou, quand on a une folle envie de viande au restaurant, on prend un «filet américain», l’équivalent du «steak tartare».

Sur l’autoroute, alors que les Français changent de voie, les Belges changent de bande et les Luxembourgeois de piste.

Avant d’aller voir le dernier James Bond à l’Utopolis, certains jettent un coup d’œil à la bande-annonce du film. Au Luxembourg, on l’appelle aussi le «lancement».

Vous avez des exemples? N’hésitez pas à nous en faire part en commentant cet article…

(Fatima Rougi/L'essentiel Online)

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