Financial Times Deutschland – Le «FTD» met la clé sous la porte en Allemagne

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Financial Times DeutschlandLe «FTD» met la clé sous la porte en Allemagne

Dernière victime de la crise de la presse, le quotidien économique «Financial Times Deutschland» va disparaître en décembre, laissant des centaines de salariés sur le carreau.

Son site Internet fermera également.

Son site Internet fermera également.

DPA

La dernière édition de ce quotidien aussi saumon que son avatar britannique, vendu à quelque 100 000 exemplaires, paraîtra le 7 décembre. Son site Internet fermera également. «Les journaux sont sous pression, ceux du secteur économique en particulier. Le Financial Times Deutschland était en perte depuis sa création en 2000», a expliqué vendredi Julia Jäkel, patronne de Gruner+Jahr en Allemagne. Propriété du géant mondial de la communication Bertelsmann, «G + J», qui publie aussi de nombreux magazines grand public comme Gala ou Geo, a décidé d'arrêter les frais.

D'autres journaux de son pool de publications économiques sont aussi lâchés: des négociations sont en cours pour vendre les titres Börse Online et Impulse. En revanche, le magazine économique grand public Capital sera conservé. Au total, 364 salariés sont concernés par cette restructuration: 258 au siège de Hambourg (nord), 42 à Francfort (ouest), 14 dans des bureaux à l'étranger. À cela s'ajoutent cinquante personnes des services commerciaux et administratifs. «Gruner+Jahr va discuter d'un plan social avec le comité d'entreprise», a indiqué l'éditeur sans plus de détails.

Concurrence au <i>Handelsblatt</i>

Le Financial Times Deutschland, FTD pour les intimes, qui n'a aujourd'hui que le nom et la couleur du prestigieux quotidien britannique, avait été lancé pour concurrencer le Handelsblatt, mastodonte de la presse économique en Allemagne. Il avait été monté par une coentreprise entre Gruner+Jahr et Pearson, le propriétaire du Financial Times. Mais en 2008 l'éditeur allemand a racheté l'ensemble en conservant le droit d'utiliser la marque. «C'est un coup sévère porté au journalisme de qualité», a résumé le directeur adjoint du syndicat allemand des services Verdi, Frank Werneke. Les déboires du Financial Times Deutschland sont le nouveau signe des difficultés de la presse économique et financière, qui avait pourtant longtemps semblé protégée par un lectorat plus masculin, âgé et aisé.

Mais elle pâtit à son tour de la baisse de la publicité. Pour Michael Haller, professeur à l'Institut de journalisme de l'Université de Leipzig, le lectorat visé dispose déjà d'une offre conséquente. En outre, «les personnes, qui ont un intérêt particulier pour les informations boursières, vont sur Internet. Pour les informations rapides et en temps réel, Internet est imbattable», explique-t-il. Mais la crise des médias, et des journaux sur papier en particulier, est bien plus large que la seule presse économique. Le quotidien économique français La Tribune a décidé en début d'année d'abandonner son édition papier, comme ensuite l'hebdomadaire américain Newsweek. Moins radicalement, les récents plans sociaux d'El Mundo et d'El Pais en Espagne, ou de Sud-Ouest et de l’Équipe en France sont aussi symptomatiques de ces difficultés.

L'Allemagne, premier marché européen, n'échappe pas à cette lame de fond. En quelques semaines, la deuxième agence de presse allemande Dapd, présente en France avec le groupe Sipa, a déposé le bilan, plongeant 300 salariés dans l'incertitude. C'était ensuite au tour du quotidien Frankfurter Rundschau. La presse allemande profite toutefois encore d'un nombre d'abonnés très élevé, et de portage à domicile plus développé. «Chez nous, un journal, qui perd du terrain, le fait plus lentement, car plus d'eau coule sous les ponts avant qu'un abonnement soit résilié», explique M. Haller. La fin de deux journaux en si peu de temps va offrir un peu de répit aux concurrents. «Mais ils ont tous le même problème: un lectorat essentiellement âgé et la difficulté à gagner de jeunes lecteurs», estimait, sur le site du magazine Der Spiegel, Wolfgang Münchau, ancien rédacteur en chef du FTD.

(L'essentiel Online/AFP)

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