Bande dessinée: Le jour où des footballeurs ont défié les nazis

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Bande dessinéeLe jour où des footballeurs ont défié les nazis

Un album revient sur le match (controversé) opposant une équipe ukrainienne à une sélection nazie, en 1942 à Kiev.

par
Joseph Gaulier
Les scènes de football retranscrivent l'enjeu et la passion.

Les scènes de football retranscrivent l'enjeu et la passion.

Les Arènes

Kiev, en août 1942. Moins d’un an après le terrible massacre de Babi Yar, dans lequel quelque 33 000 Juifs ont été assassinés, des équipes de football s’affrontent dans une sorte de ligue amicale. Le Flakelf, une équipe liée à l’armée allemande, y participe. Tout comme des joueurs ukrainiens, pour certains à peine sortis des camps de concentration. Ils montent une équipe sur la base d’anciens joueurs du Dynamo Kiev.

C’est ce que raconte «Le match de la mort», récit poignant qui suit le parcours de ces Ukrainiens, dont la plupart travaillent dans la plus grande boulangerie de la ville pour subvenir à leurs besoins. Lorsqu’ils affrontent l’équipe allemande, devant un stade survolté et porté par la haine de l’occupant, les Ukrainiens ne font qu’une bouchée des Allemands: 5-1! Les scènes du quotidien, tout comme celles de football, sont bien réalisées par les deux auteurs espagnols.

Les Arènes

Une version contestée

Les perdants ont demandé une revanche trois jours plus tard. À la mi-temps, alors que les Ukrainiens menaient 3-1, pression leur est mise pour laisser gagner l’occupant. Un conseil absolument pas suivi, puisque les locaux l’ont emporté 5-3. Une double victoire qui a donné du baume au cœur à tout un peuple, dans un quotidien difficile. Hélas, les joueurs ont subi la répression, fatale à quatre d’entre eux.

Attention, c’est la version la plus héroïque de ce match que dépeignent Pepe Galvez et Guillem Escriche. Les historiens ne sont pas unanimes sur ce match. «Il existe un nombre incroyable de versions du "match de la mort"», a écrit l’auteur Laurent Binet. Certains ont évoqué un troisième match. D’autres prétendent que la répression n’a rien à voir avec le match, mais avec d’autres éléments comme l’appartenance des joueurs aux services secrets soviétiques. Le récit officiel ne serait que le fait de la propagande soviétique, qui a abondamment utilisé l’épisode. Les sources, étouffées à l’époque, manquent cruellement. Reste que cet épisode de la guerre, aussi infime soit-il eu égard aux enjeux, continue de faire parler 80 ans plus tard.

• «Le match de la mort». Pepe Galvez et Guillem Escriche». Les Arènes BD, 20 euros.

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