En Californie – Le lithium, espoir pour une région en perdition

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En CalifornieLe lithium, espoir pour une région en perdition

La région du lac de Salton Sea est une des plus pauvres de Californie. Son destin pourrait changer grâce aux énormes quantités de lithium enfouies dans le sol.

Dans les années 1950, le gratin d’Hollywood se pressait sur les rives de Salton Sea, plus grand lac de Californie, situé au nord-est de San Diego, tout près du site du festival de Coachella et à une soixantaine de kilomètres de la frontière mexicaine. Aujourd’hui en perdition, la région se prend à rêver d’un renouveau grâce aux gigantesques réserves de lithium qui dorment dans son sous-sol. «C’est vraiment la plus grande réserve de lithium identifiée aux États-Unis», assure Jim Turner, responsable de la société Controlled Thermal Resources (CTR), en désignant le paysage désertique et ce grand lac salé.

Pour l’instant, la firme australienne n’en est qu’au stade des forages nécessaires à la construction d’une usine fonctionnant à l’énergie géothermique. Mais Jim Turner assure que d’ici 2024, le site extraira du sol 20 000 tonnes de lithium par an, assez pour produire des batteries pour environ 400 000 voitures de Tesla.

15% de chômage

Ce métal est l’un des plus convoités actuellement: l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que la demande mondiale de lithium augmentera de 42% d’ici 2040. Or à ce jour, les États-Unis ne comptent qu’un seul site de production, dans le Nevada.

L’usine CTR sera-t-elle la poule aux œufs d’or pour les habitants de la région de Salton Sea, où le taux de chômage dépasse 15%, trois fois plus que la moyenne en Californie? Ce ne serait pas le premier mirage à miroiter dans ce bout de désert avant de s’évanouir, relèvent certains.

Lac créé par accident

Le plus grand lac de Californie a été créé par accident, en 1905, à la suite d’une erreur d’ingénierie lorsque le fleuve Colorado a inondé un millier de kilomètres carrés de terres, une dépression située plusieurs dizaines de mètres en dessous du niveau de la mer. D’abord utilisé par les agriculteurs, ce lac providentiel deviendra, dans les années 1950, un site touristique très prisé, attirant pêcheurs, baigneurs et stars, jusqu’à Frank Sinatra et les Beach Boys.

Mais à partir des années 1970, sous l’effet de la sécheresse et sans apport d’eau extérieure, le lac Salton s’est rapidement évaporé, la salinité montant en flèche, tout comme la concentration en pesticides et autres polluants. Dès lors, les touristes ont déserté ses berges et les hôtels et bars fermé leurs portes, laissant derrière eux des décors dignes du film «Mad Max».

Économie en berne

Désormais, comme les poissons du lac, les quelques lieux de peuplement de la région s’asphyxient lentement et l’économie périclite chaque jour un peu plus. «Nous avons besoin de choses ici. Nous sommes le comté le plus pauvre de Californie», souligne Ernie Hawkins, 79 ans, propriétaire du Ski Inn, le seul bar encore en activité à Bombay Beach.

Ce village de 300 habitants survit grâce aux artistes et curieux attirés par ce paysage de ville fantôme, entre bâtiments à l’abandon et carcasses de voitures rouillées. Pour Ernie Hawkins, l’extraction de lithium pourrait apporter «un petit peu plus de travail». Et le patron du bar de Bombay Beach se prend à rêver: «Ici, je vais mettre une station de recharge pour voitures électriques. Quand ça aura commencé, les possibilités seront infinies».

«On va attendre»

À quelques kilomètres plus au nord de Bombay Beach, à Calipatria, on ne croit pas encore aux promesses du lithium. «On a entendu dire qu’il y aurait des emplois, que d’autres usines allaient ouvrir, mais pour l’instant on n’a pas vu de changement. On va attendre», lâche Juan Gonzalez, employé du magasin de pneus, seul commerce encore ouvert dans la localité.

Quel impact environnemental sur le lac?

Dans leur petit canot gonflable, Charlie Diamond et Caroline Hung, deux chercheurs de l’Université de Californie qui viennent régulièrement analyser les eaux du lac Salton, veulent croire à cette «occasion unique». Pour Charlie, l’issue dépendra surtout du dialogue «entre les habitants et l’usine». Il espère que le projet fera de l’extraction du lithium «un modèle du développement d’une énergie alternative», plutôt qu’un énième accident industriel dans une région sinistrée. Sa collègue souligne, elle, l’importance de prendre en compte l’impact environnemental de l’exploitation du lithium, particulièrement sur le lac.

Responsable de Controlled Thermal Resources, Jim Turner assure que la technologie novatrice mise en œuvre par sa société et fondée sur l’énergie géothermique sera plus écologique que les techniques d’extraction et d’évaporation utilisées jusqu’à présent.

(L'essentiel/AFP)

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