Xavier Bettel: «Le Luxembourg était un pays pauvre avant de s'ouvrir»

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Xavier Bettel«Le Luxembourg était un pays pauvre avant de s'ouvrir»

En marge des 70 ans du Parlement européen, le Premier ministre Xavier Bettel a exposé à «L’essentiel» sa vision de l’Europe.

AFP

Le Parlement a-t-il assez de poids dans l’Europe d’aujourd’hui?

Xavier Bettel: Il a un poids important, une codécision. Les textes prévoient son rôle comme celui de la Commission. Si on compare par rapport à 1952, c’était une assemblée de délégués et on a désormais une représentation démocratique. C’était un salon de discussion et c’est devenu une assemblée parlementaire.

Face aux crises du Covid comme de l’énergie, l’Europe a montré des lacunes avec des mesures parfois contraires selon les pays…

On parle des faiblesses mais on oublie trop souvent les grands succès. Face au Covid, l’Europe a permis d’avoir un vaccin et de le partager partout en Europe. S’il y avait eu un vaccin allemand, un français, un britannique, le Luxembourg aurait dû payer au prix fort, or, nous l'avons payé au même prix que les autres. Concernant la crise énergétique, on a vu comment le simple fait d’annoncer que nous avions la volonté de nous mettre ensemble pour des achats communs a fait chuter le prix du gaz de 15 à 20%. Reste que nous avons vu que l’Europe manquait d’autonomie stratégique par rapport aux masques ou puces électroniques chinois, par rapport au gaz russe. Il faut augmenter cette autonomie. On voit que certains partenaires d'hier, deviennent parfois moins partenaires.

Le Luxembourg a-t-il besoin de plus ou moins d’Europe?

Il faut se souvenir que le Luxembourg était un pays pauvre. Si aujourd’hui il a cette qualité de vie et ce succès, c’est parce qu’il s’est ouvert. Notre pays vit du multiculturalisme et est ce qu’il est grâce à la collaboration avec les autres. On a besoin de plus d’Europe là où elle est nécessaire. On dénonce parfois les réglementations mais avoir, par exemple, un label CE sur les produits est bien plus rassurant qu’un label inconnu.

Faut-il continuer à élargir l’Europe?

Aujourd’hui, l’Albanie et la Macédoine du Nord frappent à la porte et on ne peut pas les faire languir mais ils sont peut être dans un mauvais moment, car s’il est important d’ouvrir la porte, il faut aussi faire le ménage à l’intérieur. Revoir des choses. Le fait par exemple qu’il faille une unanimité pour sanctionner un dérapage permet à deux pays de se mettre d’accord pour tout bloquer. Nous nous sommes mariés, on veut toujours que ce soit pour le meilleur mais ce n’est pas toujours le cas.

L’Ukraine doit-elle entrer rapidement dans l’Union?

Il y a des règles. L’Ukraine ne va pas rentrer dans l’Union demain, il ne faut pas laisser croire cela. Il n’y a pas d’adhésion turbo. Il y a des chapitres à terminer. En revanche, la perspective européenne doit exister.

Le Parlement doit-il quitter Strasbourg pour se concentrer à Bruxelles?

Il y a dans l'Union trois capitales européennes, Strasbourg, Bruxelles et Luxembourg. Elle s’est construite avec des différences. L'idéal n’est pas selon moi d’avoir un mastodonte dans une ville, mais des agences, des institutions à plusieurs endroits. Il ne s'agit pas de défendre Bruxelles face à Strasbourg ou Luxembourg mais de défendre les trois.

Comme d’autres hommes politiques et dirigeants, envisagez-vous après votre parcours national un destin européen?

J’ai déjà un destin européen (rires). Je siège au Conseil européen. Aujourd’hui, nous traversons une situation de crise de l’énergie et ma volonté est de me présenter aux élections législatives pour m’engager avec des actes et un programme. Nous sommes à un moment important en termes de stabilité, d’attractivité du pays. Ce sont des critères importants. Pour rester compétitif, en tant que libéral, j’estime qu'il faut faire rentrer de l’argent pour pouvoir le dépenser. Pour l’heure, ma priorité c’est le Luxembourg qui vit des moments trop instables pour qu’on puisse y ajouter une instabilité politique.

(Recueilli par Nicolas Martin)

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