Depuis les USA – Le Luxembourg, «le cancer de l'Europe»

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Depuis les USALe Luxembourg, «le cancer de l'Europe»

Le Luxembourg est «une nation pourrie jusqu’à la moelle au cœur de l'Europe», selon l'auteur d'un article publié aux États-Unis. Il raconte sa «visite dans la capitale de la dette».

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Long pamphlet contre le Luxembourg ou interrogation ironique? Le journaliste Eric Pape a publié un article sur l’économie d’un pays «criblé de dettes», présenté comme suffisant, aux citoyens malheureux.

«Le pays est une nation pourrie jusqu’à la moelle au cœur de l'Europe, réputée pour son secret bancaire qui a permis au leader nord-coréen Kim Jong-il de récolter des millions de dollars», débute-t-il dans le bimestriel américain Foreign Policy. L’auteur s'interroge sur la dette extérieure par habitant, de 3,76 millions de dollars, soit 84 fois plus élevée qu’aux USA (lire encadré), dans cette «minuscule tache sur la carte, peuplée de 503 000 habitants», où les «banquiers s’émerveillent sur le fait que le pays a le plus haut PIB du monde». Bref «un cancer sur le continent».

Voyage en terre inconnue

Le journaliste s’est rendu au Grand-Duché pour tenter de comprendre comment les habitants peuvent encore «dormir paisiblement». «J’ai essayé de trouver un vrai Luxembourgeois. Je me suis rendu à Luxembourg, le nom créatif trouvé pour la capitale». Décrivant comment «des Blancs bien habillés entrent dans des boutiques de luxe de la charmante ville», il finit par prendre rendez-vous avec Georges Hausemer, auteur luxembourgeois, pour lui parler de la dette extérieure de son pays. «Personne n’en parle ici. On est un peu perdu».

Ce dernier lui détaille l’empiétement des langues «étrangères» que sont le français, l’allemand et l’anglais dans les affaires courantes. Selon lui, le Luxembourg devient un «pays de banquiers et de commerces». Il discute ainsi avec d’autres interlocuteurs de la crise, commentant au passage le faible taux d’imposition et la richesse des concitoyens. Finissant par conclure «je ne m’adresse peut-être pas aux bonnes personnes».

Citoyens malheureux, mais «mir wëlle bleiwe wat mir sinn»

À travers son texte, il s’en prend également à la démocratie du pays. «C’est une plaisanterie, gérée par un pouvoir héréditaire et un chef d’État non élu qui peut dissoudre le Parlement et nommer ses membres». Selon lui, les citoyens s’inquiètent de l’avenir de leur pays, en partie, car 44% de la population est étrangère et près de «25% envahissent le pays chaque jour pour travailler». En résumé: des «citoyens malheureux».

Résultat: le pays est à l’avant-dernier rang de l’indice Happy Planet «juste après le Soudan, pourtant en guerre». Ici, au Luxembourg, «on achète plus de cigarettes et d’alcool et l’empreinte carbone par habitant est plus élevée que n’importe quel autre pays». L’auteur est effaré: «Mais les Luxembourgeois conservent leur devise: "Nous voulons rester ce que nous sommes"».

Il finit par se tourner vers Lucien Thiel (CSV), «un père noël bienveillant». Ce dernier lui explique le contexte sidérurgique qui a donné sa stature au Luxembourg. Concernant la dette, il lui explique «que le pays n’est pas menacé car ne produit pas beaucoup. Il constate cependant qu’il ne faut «pas considérer la richesse comme un cadeau de Dieu mais comme un acquis. Demandez aux gens: ils veulent juste rester aussi riches que maintenant». L'histoire ne dit pas si le journaliste a trouvé une réponse suffisante à son interrogation.

Jonathan Vaucher/L'essentiel Online

Dette par habitant

L'analyse de cet auteur se basait sur des chiffres de la CIA qui ont, depuis la publication de cet article, été supprimés. Selon ces données, le Luxembourg n'est pas le pays à avoir la plus grosse dette extérieure brute (les USA sont en tête en 2010, avec près de 14 000 milliards de dollars, le Luxembourg n'est qu'à 1 892 milliards de dollars), mais le premier pays en terme de dette brute par habitant, avec près de 3 millions de dollars par habitants.

Ces chiffres de base sont certainement erronés. La dette par habitant est d'environ 24 000 dollars par tête selon Standard & Poors. Mis en relation avec le PIB par habitant, cela fait un (faible) endettement de 19,4% du PIB selon S&P, 18,5% selon le Statec. Ce qui expliquerait alors le triple A donné par des agences de notations.

Eric Pape est un journaliste californien basé à Paris, correspondant international pour plusieurs médias comme Newsweek, Los Angeles Times ou Reader's Digest.

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