Reporter polyglotte – «Le Luxembourg m'a donné les clés pour les langues»

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Reporter polyglotte«Le Luxembourg m'a donné les clés pour les langues»

LUXEMBOURG/KIEV - Les directs en six langues, depuis Kiev, du journaliste luxembourgeois Philip Crowther, ont créé un buzz mondial. Portrait.

Philip Crowther, correspondant de l'agence AP, est sollicité par des chaines du monde entier pour des reportages en direct, comme ici à Kiev.

Philip Crowther, correspondant de l'agence AP, est sollicité par des chaines du monde entier pour des reportages en direct, comme ici à Kiev.

AP/Luke Mailander

«Je dis toujours que je ne sais pas si j’ai un talent pour les langues car j’en ai reçu quatre presque "gratuitement"».
En postant lundi dernier depuis Kiev un petit clip de ses directs, en six langues, pour des chaînes du monde entier, Philip Crowther a déclenché un buzz mondial via Twitter. 22,6 millions de vues, 181 000 likes, 35 500 retweets, les chiffres donnent le vertige. Même les shows des stars de la télé américaine Stephen Colbert et Jimmy Fallon en ont parlé.

L'enfant de Mamer, installé depuis dix ans à Washington, a reçu l'anglais de son père, l'allemand de sa mère. Tout petit, il a appris le Luxembourgeois avec ses amis, puis le Français dès 8 ans à l'école». À 14 ans, il s'est lancé dans l'espagnol «d'abord pour comprendre les commentaires des matches de foot du Barça du Ronaldo original». Parti plus tard étudier à Londres, Madrid et Barcelone, il a ajouté le portugais à sa panoplie, à 22 ans. «J’ai une facilité, mais le Luxembourg m’a donné toutes les clés», dit-il. Il y revient deux à trois fois par an, voir sa famille.

«Je jure en anglais quand je me fais mal»

«Philip a toujours été à l'aise pour jongler entre les langues, mais comme moi, les maths ce n'était pas son truc!», plaisante Joe Geimer, son voisin d'enfance et ex-camarade au Lycée Athénée. «Nous sommes là pour le chambrer et lui ramener les pieds sur terre», sourit-il. «J’ai souffert énormément avec la langue française qui est remplie d’exceptions grammaticales qui ne s’expliquent pas», avoue le reporter polyglotte.

De nationalité britannique, allemande, luxembourgeoise depuis trois ans et bientôt américaine, Philip assure qu'il ne «pense ou rêve en aucune langue. Quand je me fais mal, je jure en anglais, donc ça doit être ça ma langue la plus instinctive», s'amuse-t-il.

Des demandes du monde entier

Jeune papa, rentré auprès de sa famille mercredi, pour quelques jours à Washington avant de repartir pour l'Ukraine, Philip a été assailli de commentaires, de demandes d'interviews du monde entier. «De Thaïlande, de Bulgarie, d'Israël, d'Australie. J'ai plein de messages sympas où l'on me demande d'apprendre telle ou telle langue. C'est fascinant. Je ne peux plus suivre les commentaires. On perd un peu le contrôle. Je ne peux pas me plaindre, la vidéo je l’ai faite moi-même», admet-il, se réjouissant que cette viralité, pour une fois, serve une bonne cause, «l’apprentissage des langues».

Son prochain objectif: que l'arabe devienne sa septième langue. «Philip est épatant, obstiné et perfectionniste. Quand il dit cela, ce n'est pas pour parler deux ou trois mots», plaisante Joe. «J'ai déjà commencé l’an dernier mais si on apprend une langue, il faut s’y mettre tous les jours. J’ai passé un mois en Ukraine et en Chine et je n’ai pas eu le temps. L’ambition serait de pouvoir tenir une conversation plus ou moins courante au Qatar, pour la fin de l’année, pendant la Coupe du monde».

(Nicolas Martin/L'essentiel)

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