Affaire Luxleaks – «Le Luxembourg n'est qu'un maillon de la chaine»

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Affaire Luxleaks«Le Luxembourg n'est qu'un maillon de la chaine»

Plusieurs jours après la publication des accords secrets passés entre l'administration fiscale luxembourgeoise et des multinationales, de nombreux points restent en suspens. Explications.

La publication des 28 000 documents sur les pratiques fiscales du Grand-Duché, issus de PricewaterhouseCoopers Luxembourg, n'en finit plus d'alimenter les questionnements. Alors que la quasi-totalité de la classe politique luxembourgeoise fait corps pour défendre les pratiques dénoncés à l'international, certains économistes viennent conforter ce système de défense.

C'est notamment le cas d'Arthur Jurus, président du think tank BSI Economics, interrogé par l'hebdomadaire français L'Express. Jugeant «difficile» de chiffrer avec précision le montant des pertes en recettes fiscales pour la France, mais également pour les différents pays européens, le spécialiste estime que les pratiques luxembourgeoises ne relève «pas de l'évasion fiscale», mais plutôt «de méthodes d'optimisation fiscale - généralisées à l'ensemble des acteurs du marché - favorisant leur compétitivité». En d'autres termes, un système global destiné à accueillir dans les meilleures conditions les activités bancaires et d'assurances.

Vers un changement des règles au niveau européen?

Pour l'économiste, même si le Luxembourg se retrouve actuellement pointé du doigt par une grande partie de l'opinion internationale, l'avenir du pays ne serait pas entièrement noir. En effet, Arthur Jurus estime que «le pays peut tolérer de moindre recettes fiscales en raison de besoins réduits pour financer le développement de ses infrastructures», mais relève aussi et surtout que «le pays n'est qu'un maillon de la chaine, parmi d'autres centres offshore». Mettant en perspective la situation luxembourgeoise avec celle de l'Irlande - pays qui a mis en place un très taux d'imposition sur les bénéfices des sociétés - l'expert estime que «remettre en cause les conditions juridiques et fiscales au Luxembourg, qui demeurent d'autant plus légales, semblent difficilement envisageables.»

En clair, si l'UE demande au Grand-Duché de changer ses pratiques, elle devra le faire pour l'ensemble de ses pays membres. Un bouleversement économique et politique sans précédent qui, en période de crise, risque d'avoir d'importants effets néfastes sur l'ensemble du continent. Reste désormais à savoir si la Commission européenne, dirigée par l'ancien Premier ministre luxembourgeois directement mis en cause dans les pratiques de la Place, voudra suivre cette voie ou non…

(Jmh/L'essentiel)

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