Création à la TV – Le «made in France» a du mal à prendre son essor

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Création à la TVLe «made in France» a du mal à prendre son essor

Malgré la multiplication des chaînes TNT, la création de séries TV, des rendez-vous qui permettent de fidéliser le public et de booster l'audience, peine à décoller en France.

Malgré la multiplication des chaînes de la TNT, la création de séries TV, des rendez-vous qui permettent de fidéliser le public et de booster l'audience, peine à décoller en France, faute notamment de financement. Aujourd'hui, l'impression d'avoir beaucoup plus d'offre grâce aux chaînes de la TNT «est fausse», souligne Jean-François Boyer, président de l'Association pour la promotion de l'Audiovisuel (APA), qui publie un «baromètre de la Création TV 2015». D'après cette étude, présentée à l'occasion du festival européen «Série Séries» à Fontainebleau (Seine-et-Marne), les chaînes de la TNT ne concourent que pour 4% à la création originale «made in France», tous genres confondus. «Cela veut dire qu'elles ont une participation excessivement faible à la production de séries», estime M. Boyer, lui-même producteur. Une frilosité liée notamment à leurs «faibles capacités» financières, confirme Stéphane Le Bars, délégué général de l'Union syndicale de la production audiovisuelle (USPA). Pour produire des créations originales, «il faut un certain niveau de chiffre d'affaires».

Pour lui, les diffuseurs, et en particulier le service public, doivent donc «prendre le risque» d'augmenter les volumes de production. La fiction est le genre le plus consommé sur les chaînes nationales gratuites, réalisant 21 des 100 meilleures audiences en 2014, selon ce baromètre. Les séries représentent 85,4% du volume de fiction produite. En 2014, la part des séries dans la production de fiction s'établit en volume horaire à 48,8% pour Arte, 72,8% pour France 2, 79,8% pour France 3, 91,0% pour Canal+, 96,2 % pour TF1 et 100 % pour M6. En 2014, France Télévisions est resté le premier investisseur dans la production de fiction (53,2%), suivi par TF1 (25,3 %), Canal+ (8,6%), M6 (6,7%) et Arte (5,1%). Malgré une image très dynamique, Canal+ et Arte totalisent environ 65 millions d'euros investis dans la fiction, soit à peine un peu plus de 10%, note M. Boyer. Elles donnent l'impression qu'elles ont un volume «absolument extraordinaire en matière de fiction», poursuit-il, mais en réalité, «elles réussissent une percée parce qu'elles ont misé sur la qualité». Canal+ a par exemple investi massivement sur quelques créations remarquées comme «Versailles» (27 millions d'euros) attendue début 2016.

Organisation industrielle

Cette réputation d'audace, la chaîne la doit aussi au succès de «Braquo». La saison 2 de cette fiction policière est la seule série française à avoir jamais reçu un Emmy Award (2012). Cet engouement s'est confirmé avec la saison 3. La saison 4 sera diffusée à la fin de l'année. Reste que les séries françaises ont bien du mal à s'installer dans la durée: en 2014, près des 3/4 du volume de production ont été réalisés par des séries lancées il y a moins de cinq ans, selon le baromètre. S'inscrire dans la perspective de multiples saisons «suppose une mobilisation de capitaux et d'investissements, des méthodes d'organisation et d'écriture d'ordre quasi industrielles», explique Olivier Wotling, directeur de l'unité Fiction chez Arte.

À l'instar des séries américaines qui mobilisent des armées de scénaristes, de comédiens, de réalisateurs et s'étendent parfois sur près d'une décennie, comme «Mad Men» (7 saisons et 92 épisodes). Arte mise, elle, sur la création originale en coproduction avec des partenaires européens. C'est le cas de la série «Occupied» développée avec la Norvège, un thriller politique qui sera diffusé à l'automne. La chaîne travaille aussi sur une coproduction danoise avec Adam Price, le créateur de «Borgen». Arte coproduit 40 heures de téléfilms et de séries par an. «On s'interdit les remake de séries étrangères», précise M. Wotling. Quant à TF1, même si la fiction française représente des dépenses pour l'instant peu rentables, selon M. Boyer, elle «fait un vrai effort de qualité». «TF1 a compris qu'elle avait un problème d'approvisionnement de séries américaines de qualité, dit-il, qu'elle devait progressivement tout miser sur la création originale française».

(L'essentiel/AFP)

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