Vatican – Le pape refuse le «libéralisme» allemand

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VaticanLe pape refuse le «libéralisme» allemand

Mariage des prêtres, ordination des femmes, reconnaissance des couples gays: les églises germanophones tiennent des positions qui inquiètent le Vatican. Benoît XVI sera en Allemagne à partir de jeudi.

«Nous sommes Pape». Si la maison d'édition Axel Springer, qui publie le tabloid «Bild» a reproduit sa Une de 2005 pour saluer la visite du Pape, Benoît XVI ne sera pas le bienvenu partout lors de sa visite en Allemagne.

«Nous sommes Pape». Si la maison d'édition Axel Springer, qui publie le tabloid «Bild» a reproduit sa Une de 2005 pour saluer la visite du Pape, Benoît XVI ne sera pas le bienvenu partout lors de sa visite en Allemagne.

AFP

Benoît XVI voit monter avec préoccupation au sein des églises germanophones des revendications pour un «aggiornamento» en matière de moeurs - des droits des homosexuels à la prêtrise pour les femmes - sous l'influence du protestantisme et des théologiens contestataires.

Ces doléances contre l'attitude jugée misanthrope du Vatican sur la sexualité et la famille, devraient être en toile de fond de son voyage qui débute jeudi, de Berlin à Fribourg, alors que l'Église allemande a engagé une grande consultation interne depuis quelques mois.

Aucune concession d'un pape très attaché à la tradition n'est attendue. Mais il est conscient d'une dissidence croissante, née après le Concile Vatican II (1962-65), avec des initiatives, comme le mouvement «Nous sommes l'Église», formé de catholiques qui, tout en voulant rester dans l'Église, ne suivent plus ses prescriptions morales. Une sorte de «protestantisation» de l'exercice de la foi.

Quelque 150 théologiens d'Allemagne, d'Autriche et de Suisse germanophone réclament des réformes profondes.

Ils demandent le mariage des prêtres, l'ordination des femmes, la reconnaissance des couples gays, l'introduction du divorce, la possibilité pour les divorcés de communier, la réintégration des prêtres mariés, ainsi qu'une meilleure implication des femmes et des laïcs dans l'Église.

Choix personnels de vie

L'Allemagne, où protestants et catholiques forment des communautés de taille égale, est ultrasensible aux droits liés aux choix personnels de vie. C'est aussi un laboratoire permanent de la pensée chrétienne, grâce au voisinage intellectuel fructueux entre les deux confessions.

Les jeunes catholiques - souvent mariés à des protestants - observent que les femmes luthériennes peuvent être ordonnées et devenir évêques, les pasteurs se marier, que divorce et homosexualité sont acceptés.

«Le protestantisme est généralement considéré comme en prise avec les réalités du temps», souligne l'historien Étienne François.

Le scandale de pédophilie a renforcé le préjugé: «Ce qui reste, c'est l'image que le célibat est contre-nature, que l'institution n'est plus qu'une vieille machine anachronique, qui fait obstacle au message évangélique et qui aurait besoin d'être profondément modernisée», ajoute ce spécialiste de l'Allemagne.

Le Vatican inquiet

L'adhésion du peuple catholique aux positions dominantes de la société préoccupe le Vatican. En Autriche, un appel à la désobéissance, soutenu par 330 prêtres, est jugé «justifié» par près des trois quarts des Autrichiens.

Dans la hiérarchie même, des tiraillements entre conservateurs et progressistes persistent. Ils avaient été forts au début des années 2000 quand le Vatican avait ordonné que l'Église se retire des centres de conseil sur l'avortement.

Le président de la conférence épiscopale Robert Zollitsch, qui avait indiqué en 2008 que le célibat des prêtres n'était pas gravé dans le marbre, a souhaité une évolution pour les divorcés remariés qui ne peuvent communier. Le président de la République chrétienne-démocrate (CDU), Christoph Wulff, en est un exemple.

Bien que conservateur, le pape, disent ceux qui le connaissent bien, est très conscient d'une «blessure» des fidèles divorcés, mais un changement est néanmoins improbable.

Même attitude de principe vis à vis des gays chrétiens pour laquelle plusieurs évêques allemands ont pris récemment position.

Quant aux femmes prêtres, revendication très forte en Allemagne, Benoît XVI s'appuie principalement sur les Évangiles - Jésus était entouré d'apôtres non mariés - pour affirmer qu'une réforme n'est pas en son pouvoir.

L'essentiel Online/

(AFP)

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