Faune luxembourgeoise: Le raton laveur prend ses aises au Grand-Duché

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Faune luxembourgeoiseLe raton laveur prend ses aises au Grand-Duché

LUXEMBOURG – La prolifération de ce mammifère omnivore au Luxembourg commence à inquiéter les spécialistes.

par
Jean-François Colin

Ne vous fiez surtout pas à sa frimousse d’ours en peluche et ne vous laissez pas attendrir par ses yeux qui crient à l’adoption. De plus en plus présent au Luxembourg, le raton laveur est une espèce invasive, classée comme «un gibier», et qu’il est donc, à ce titre, «formellement interdit par la loi de les tenir en captivité et de les nourrir», souligne le Dr Laurent Schley, biologiste et directeur adjoint de l’Administration de la nature et des forêts (ANF).

Si le scientifique insiste tant, c’est que plusieurs saisies d’individus détenus par des particuliers ont déjà eu lieu par le passé - «une dizaine de ratons laveurs en quelques mois, durant l’année 2014», se souvient Laurent Schley. Plus récemment, en avril dernier, des ratons laveurs ont attaqué des ruches près de Colmar-Berg, décimant au passage six jeunes colonies d’abeilles. Alors, peut-on affirmer qu’il y a aujourd’hui trop de ratons laveurs au Luxembourg?

«Espèce exotique envahissante»

«Le raton laveur est une espèce non indigène», rappelle le scientifique. «Il est originaire d’Amérique du Nord. La seule espèce présente au Grand-Duché est le ''Procyon lotor'', soit le type le plus commun. Les premiers signalements au Luxembourg remontent à 1979, mais cela signifie qu’il était vraisemblablement déjà apparu plus tôt».

Sa classification comme «espèce exotique envahissante» implique, suivant un règlement européen, que «l’État prenne des mesures pour au moins freiner sa prolifération», précise le directeur adjoint de l’ANF, qui ajoute que, «dans un monde idéal, on parlerait d’éradication, mais ce ne sera plus possible». Comme il est très compliqué et coûteux d’effectuer un relevé et un comptage de ces animaux, «nous n’avons pas d’idée précise de leur nombre», explique Laurent Schley.

1 300 ratons laveurs abattus en 2019/2020

Il existe toutefois un indice qui autorise à évoquer une prolifération. «En effet», embraye le docteur en biologie, «depuis 2011, le raton laveur est chassable, puisque le gouvernement a décidé de l’inclure à l’annexe de la loi relative à la chasse. Et comme les chasseurs peuvent les tirer toute l’année – exception faite de la période allant du 1er mars au 15 avril - des tableaux de tir existent forcément».

Le Dr Laurent Schley est biologiste, directeur-adjoint de l’Administration de la nature et des forêts et spécialiste des mammifères.

Le Dr Laurent Schley est biologiste, directeur-adjoint de l’Administration de la nature et des forêts et spécialiste des mammifères.

Editpress/Alain Rischard

Ainsi, les statistiques cynégétiques rapportent que d’un peu plus de 600 individus abattus lors de la saison 2011/2012, on est passé à près de 1 300 en 2019/2020. Du simple au double! Au-delà, de cette inflation cynégétique, les spécialistes ont observé un autre phénomène: celui «de la prolifération de plus en plus marquée de la population de ratons laveurs dans le sud du pays», même si c’est bien sûr dans le tiers nord qu’ils restent les plus nombreux.

«Omnivore opportuniste»

Le souci principal est celui de «la densité», glisse Laurent Schley. «Si celle-ci augmente en forêt, la pression devient trop forte, et c’est à ce moment que des dispersions vers des milieux plus urbains s’observent, où les ratons laveurs trouvent plein de nourriture, plein de cachettes, etc.». Surtout que le mammifère réputé pour son intelligence est «un omnivore opportuniste: il se nourrit de tout ce qu’il trouve». Et plus il entre en contact avec la population humaine, «moins il devient farouche», précise le biologiste.

«Il rentre volontiers dans les maisons, vide les poubelles, et les dégâts peuvent être considérables», avertit Laurent Schley, qui pointe une caractéristique particulière de cet animal: «il est doté d’un sens du toucher particulièrement développé, encore plus sensible que chez nous, humains. Ainsi, il peut pratiquement tout faire à l’aide de ses doigts: ouvrir un tiroir, en sortir un paquet de biscuits, etc.».

Pour remédier au problème croissant des ratons laveurs, l’ANF a publié une brochure de sensibilisation, qui explique aux résidents entrant en contact avec cette espèce ce qu’il faut faire et ne pas faire. Avant tout, il y a lieu d’éviter toute velléité de domestication. La brochure est disponible gratuitement au numéro 247-56652 et téléchargeable sur www.emwelt.lu.

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