Budget aux Etats-Unis – Le ton monte, Obama muscle son discours

Publié

Budget aux États-UnisLe ton monte, Obama muscle son discours

Au troisième jour de la paralysie de l'État fédéral, Obama s'en est pris au leader républicain John Boehner, alors que le Trésor a mis en garde contre un défaut de paiement «catastrophique» en cas de persistance du blocage.

En l'absence de toute négociation, Barack Obama s'en est directement pris à son principal interlocuteur républicain, le dirigeant de la Chambre des représentants John Boehner, lui reprochant de ne pas vouloir «s'aliéner les extrémistes dans son parti». «Votez (un budget), arrêtez cette comédie et mettez fin à cette paralysie!», a lancé le président américain lors d'une intervention au ton très musclé dans une PME de Rockville (Maryland) près de Washington. Faute d'un accord sur le budget au Congrès, les administrations centrales des États-Unis sont partiellement fermées depuis mardi matin 6h, et quelque 900 000 fonctionnaires, soit 43% des effectifs, ont été mis d'office en congés sans solde selon le site GovExec.

Les troupes de M. Boehner, opposées à la réforme de l'assurance-maladie promulguée par M. Obama en 2010 et dont un volet crucial est entré en vigueur mardi, refusent de voter un budget qui n'en supprimerait pas le financement. Ces élus ont aussi menacé de lier cette question à celle du relèvement du plafond de la dette, nécessaire d'ici au 17 octobre. Si le Congrès n'y donne pas son feu vert, les États-Unis risqueront de se retrouver en défaut de paiement à partir de cette date, une situation sans précédent sur laquelle le Trésor a une nouvelle fois tiré la sonnette d'alarme jeudi. «Le marché du crédit pourrait se geler, la valeur du dollar plonger et les taux d'intérêt américains monter en flèche conduisant à une crise financière et à une récession qui rappelleraient les événements de 2008, voire pire», a averti jeudi cette administration dans un rapport évoquant un défaut de paiement «potentiellement catastrophique». La nouvelle stratégie des républicains, qui contrôlent la moitié du Congrès et disposent ainsi d'un pouvoir de blocage, consiste à tenter de rouvrir les agences fédérales une par une, pour atténuer la «douleur» de la paralysie de l'État.

Les Américains soutiennent Obama, le FMI alarmé

Mercredi, la Chambre a donc adopté des mesures pour mettre fin à la fermeture des parcs, musées et monuments nationaux, et permettre la remise en marche des Instituts nationaux de la santé (NIH), où des projets de recherche expérimentaux contre des maladies graves sont menés. Les réservistes de l'armée et les services d'aides aux anciens militaires devraient suivre jeudi. Mais le Sénat devrait rejeter cette approche «par morceaux» et Barack Obama a de toute façon l'intention d'y opposer son veto. Une rencontre de plus d'une heure à la Maison Blanche mercredi soir entre le président et les chefs de file du Congrès n'a pas fait bouger les lignes. «Le président a répété une nouvelle fois qu'il ne voulait pas négocier», s'est plaint M. Boehner à la sortie.

Dans cette bataille qui se mène aussi sur le terrain de l'opinion publique, M. Obama semble bénéficier d'un plus grand soutien que ses adversaires: 72% des Américains ne sont pas d'accord avec l'idée de paralyser l'Etat en raison d'un désaccord sur la réforme de l'assurance-maladie, contre 25% qui pensent que c'est une bonne idée, selon une enquête CBS publiée jeudi. Et au-delà de la paralysie fédérale, le monde a désormais les yeux fixés sur le 17 octobre. «La paralysie budgétaire est déjà assez néfaste mais l'incapacité de relever le plafond de la dette serait pire encore, et pourrait non seulement gravement endommager les États-Unis mais également l'ensemble de l'économie mondiale», a averti Christine Lagarde, directrice du Fonds monétaire international, jeudi lors d'un discours à Washington.

Des élus républicains estimaient cependant qu'il était illusoire de vouloir négocier un budget temporaire indépendamment de l'échéance sur le plafond de la dette. Les démocrates, tout en disant refuser de négocier sur la crédibilité financière américaine, ont laissé la porte ouverte à un éventuel «grand compromis». La crise a eu des répercussions sur l'agenda international de M. Obama, qui a annulé mercredi une visite prévue le 11 octobre en Malaisie et une autre aux Philippines. Le doute plane en outre sur la présence du président à deux sommets internationaux, celui de l'Apec (Asie-Pacifique) lundi à Bali (Indonésie), et celui d'Asie de l'Est, programmé dans la foulée à Brunei.

(L'essentiel Online/AFP)

Ton opinion