Venezuela – Les 50 milliards sont devenus 25 cents en 14 ans
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VenezuelaLes 50 milliards sont devenus 25 cents en 14 ans

Le Venezuela va supprimer six zéros à sa monnaie nationale, signe de l'effondrement continu de son économie malgré ses immenses réserves en pétrole.

L’exemple de la poudre de cacao avec le prix en dollars (10 pour 1 kg) et en bolivars nouveaux (42) et anciens (42 000 000).

L’exemple de la poudre de cacao avec le prix en dollars (10 pour 1 kg) et en bolivars nouveaux (42) et anciens (42 000 000).

Prenez le budget annuel d’un pays pétrolier en monnaie locale et n’y touchez pas pendant quatorze ans. Votre budget, équivalent à 50 milliards de dollars, ne vaudra alors plus que 25 centimes de dollar. Invraisemblable? C’est pourtant la situation du Venezuela. Ce vendredi, les billets en bolivars, la monnaie locale, vont perdre six zéros. Depuis 2008, ce sont quatorze zéros qui auront été supprimés. Un million de bolivars, qui ne permet même pas d’acheter une baguette de pain, vaudra dès lors un bolivar. Et ce bolivar représentera 100 billiards (un billiard étant un 1 avec quinze 0 derrière) de bolivars de 2007, reflet de l’incroyable érosion de la monnaie vénézuélienne. Cette année-là, le budget du Venezuela équivalait à 115 billiards de bolivars, soit plus de 50 milliards de dollars.

Sans surprise, avec une telle dévaluation, les salaires se sont évaporés. «On touche notre salaire tous les quinze jours, moins de trois dollars», explique à l’AFP Marelys Guerrero, 43 ans, institutrice payée en millions de bolivars. Les anciens billets vont cohabiter quelques mois avec les nouvelles coupures. Mais Marelys craint les effets de l’arrondi qui pourrait faire grimper les prix. Après la conversion, si un produit coûte 4,5 bolivars «cela va en coûter 5», redoute-t-elle.

Recours au dollar

Pour faire face à l’inflation la plus élevée au monde, anticipée à 1600% en 2021, les Vénézuéliens ont désormais recours au dollar qui a supplanté le bolivar. Plus des deux tiers des transactions dans le pays sont effectuées dans cette monnaie. Cette situation a entraîné une pénurie chronique d’argent liquide et relégué le bolivar aux transactions par carte, aux transferts bancaires... et transformé les paiements quotidiens en véritables casse-têtes. Pour payer un pourboire à un voiturier au parking d’un restaurant, il faut payer par carte au comptoir et au lieu d’un billet, le gardien reçoit un reçu. Dans les supermarchés, il est courant de payer une partie en dollars et de compléter en bolivars par carte, en raison du manque de petites coupures en dollars pour rendre la monnaie.

Lorsqu’il parle de la nouvelle monnaie, le président Nicolas Maduro évoque un «bolivar numérique» et appelle à la «numérisation» totale des paiements. L’aveu d’un échec, estime Luis Arturo Barcenas d’Ecoanalitica. «C’est reconnaître que vous n’avez pas la capacité d’émettre tous les billets de bolivar dont vous avez besoin», explique l’économiste. Six zéros en moins, cela va toutefois faciliter le travail de Rodrigo Bermudez, comptable. «C’est un soulagement pour nous», dit-il à l’AFP en montrant une facture qu’il doit diviser en quatre parties pour la saisir dans les systèmes comptables de son entreprise. Les chiffres s’alignent sans fin, illisibles.

Malgré une réduction des dépenses publiques et la limitation du crédit par le gouvernement du Venezuela, les prix continuent d’augmenter, même en dollars. «Si l’inflation se comporte comme elle l’a fait ces derniers mois, il est très probable que dans trois ou quatre ans, le gouvernement devra à nouveau faire une réforme» monétaire, estime M. Barcenas. La précédente remonte à 2018 à peine, cinq zéros avaient alors été supprimés. Le dollar est pourtant officiellement banni du pays par un strict contrôle des changes depuis 2003, mais le gouvernement a été obligé d’assouplir sa position en raison de l’effondrement de l’industrie pétrolière et des sanctions internationales. Nicolas Maduro a reconnu que la circulation du dollar faisait office de «soupape de sécurité».

(L'essentiel/AFP)

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