Matières premières renouvelables: Les champignons peuvent-ils réparer notre monde?

Publié

Matières premières renouvelablesLes champignons peuvent-ils réparer notre monde?

On leur attribue le pouvoir de mener à des changements radicaux. Outre leur intérêt dans les secteurs des aliments et des médicaments, les champignons permettent aussi de fabriquer des maisons compostables, du cuir et bien d’autres choses encore. Leur potentiel est énorme.

Seul les organes de fructification des champignons sont visibles. Mais leur grand réseau souterrain de mycélium pourrait changer notre monde.

Seul les organes de fructification des champignons sont visibles. Mais leur grand réseau souterrain de mycélium pourrait changer notre monde.

Getty Images/iStockphoto

Les champignons ressemblent un peu à des êtres vivants venus d’une autre planète. Ce ne sont ni des plantes, ni des animaux. Sur les cinq millions d’espèces estimées, nous n’en connaissons d’ailleurs qu’à peine 140 000. Seul leurs carpophores sont visibles, et souvent qu’au moment où ils se retrouvent dans nos assiettes. La plus grande partie des champignons se trouve en effet sous terre, se met en réseau, communique – et peut avoir des dimensions immenses.

C’est le cas, par exemple, dans l’Oregon, aux États-Unis. Ici, une armillaire sombre s’étend sur une surface de plus de 9 km2. L’âge de ce champignon est estimé à 2400 ans. En Engadine, il existe également un représentant millénaire de l’espèce, qui mesure 500 mètres sur 800.

Une force de changement radicale

Ce n’est toutefois pas l’âge ou la taille des champignons qui fait qu’ils gagnent en importance, mais la possibilité de pouvoir les utiliser dans de nombreux domaines comme matières premières alternatives à des matériaux dont la production rejette beaucoup de CO2. De fait, un véritable engouement est né autour des champignons, qui incarnent des sauveurs potentiels de l’environnement.

L’utilité des champignons en médecine est connue depuis longtemps. En 1928, le médecin britannique Alexander Fleming a obtenu de la pénicilline à partir de moisissures, ce qui lui a permis de développer le premier antibiotique. Depuis, ces êtres vivants eucaryotes tiennent une place de choix dans ce domaine. Les champignons sont en outre des auxiliaires appréciés dans la fabrication du fromage ou dans les processus de lavage et d’épuration.

Des chaussures aux meubles, en passant par les maisons

En raison de leur structure composée d’hyphes – des filaments microscopiques individuels –  qui s’assemblent en un réseau de mycélium, les champignons peuvent toutefois servir à bien d’autres choses.

Il est par exemple possible de remplacer le cuir animal par des produits à base de champignons. La start-up américaine MycoWorks a développé une méthode permettant de faire pousser des mycéliums de manière ciblée sous forme torsadée. Il en résulte un substitut au cuir particulièrement résistant appelé Reishi. D’ailleurs, le cuir de champignon a déjà été utilisé dans l’industrie automobile. Quant à la start-up new-yorkaise Ecovative Design, elle fabrique une alternative aux panneaux agglomérés à partir de champignons et de déchets, ce qui permet de construire des meubles. Avec son produit appelé MycoFoam, Ecovative Design propose de surcroît un substitut au polystyrène et, avec MycoFlex, un rembourrage à base de champignons.

Plusieurs pionniers expérimentent aussi la fabrication de matériaux de construction. L’entreprise suisse Mycosuisse a notamment développé des «briques de champignons» et des dalles de sol stables. Un jour peut-être, nous aurons des maisons en champignons compostables capables de remplacer le béton, qui émet beaucoup de CO2. Les produits à base de champignons peuvent également servir comme matériaux d’isolation, d’emballage et comme biocarburant.

Une solution d’avenir

On estime que, sur les 17 objectifs de développement durable fixés en 2015 par l’ONU, dix problèmes pourraient être résolus par l’utilisation des champignons, en particulier dans le domaine alimentaire.

Bref, on attribue aux champignons le pouvoir de changer radicalement les choses. Il n’existe toutefois pas encore de marché de masse pour les produits à base de champignons, la recherche et la production se faisant encore dans des niches. C’est pourquoi l’Institut Fraunhofer estime qu’il faudra 5 à 10 ans de développements avant que les champignons n’exercent pleinement leurs pouvoirs magiques et réparateurs sur l’environnement.

Porteriez-vous des chaussures faites en champignons?

(Jan Graber)

Ton opinion

1 commentaire